Tout à coup nous aperçûmes à peu de distance une quarantaine de sauvages, de tout sexe et de tout âge, qui avaient absolument l’air d’animaux.

Ils étaient sur le bord d’un ruisseau, autour d’un grand feu.

Nous fîmes quelques pas en avant, leur présentant le bout de nos fusils.

Dès qu’ils nous aperçurent, ils poussèrent des cris aigus et se préparaient à prendre la fuite; mais je leur fis signe, en leur montrant des paquets de cigares, que nous voulions les leur offrir.

J’avais heureusement pris à Binangonan tous les renseignements nécessaires pour savoir comment les aborder.

Dès qu’ils nous eurent compris, ils se rangèrent tous sur une ligne, comme des hommes que l’on va passer en revue; c’était le signal que nous pouvions approcher d’eux.

Nous les abordâmes nos cigares à la main, et par une extrémité de la ligne je commençai à distribuer mon offrande.

Il était très-important de nous faire des amis et, selon leur coutume, de donner à chacun une part égale.

Les femmes enceintes comptaient pour deux, et se frappaient sur le ventre pour me faire signe qu’elles devaient avoir double part.

Ma distribution faite, notre alliance fut cimentée, la paix était conclue; les sauvages et nous, nous n’avions plus rien à craindre les uns des autres.