Les hommes avec lesquels je venais de me lier pour quelques jours, tels que je les voyais, me paraissaient plutôt une grande famille de singes que des créatures humaines.
Leur voix même imitait assez bien les petits cris de ces animaux, et dans leurs gestes ils leur ressemblaient entièrement.
La seule différence que je trouvais, c’est qu’ils savaient se servir d’un arc et d’une lance, et faire du feu; mais, pour bien les dépeindre, je vais commencer par décrire leurs formes et leurs physionomies.
L’Ajetas ou Négrito est d’un noir d’ébène comme les nègres d’Afrique.
Sa plus haute stature est de quatre pieds et demi; sa chevelure est laineuse, et comme il n’a pas soin de s’en débarrasser, et qu’il ne saurait comment s’y prendre, elle forme autour de sa tête une couronne qui lui donne un aspect tout à fait bizarre, et de loin la fait paraître comme entourée d’une sorte d’auréole.
Il a l’œil un peu jaune, mais d’une vivacité et d’un brillant comparable à celui de l’aigle.
La nécessité de vivre de chasse et de poursuivre sans cesse sa proie, exerce cet organe de manière à lui donner cette vivacité si remarquable. Les traits des Ajetas tiennent un peu du noir d’Afrique; ils ont cependant les lèvres moins saillantes.
Quand ils sont jeunes, ils ont de jolies formes; mais la vie qu’ils mènent dans les bois, couchant toujours en plein air, sans abri, mangeant beaucoup un jour et souvent pas du tout, des jeûnes prolongés suivis de repas pris avec la même gloutonnerie que les bêtes fauves, leur donnent un gros ventre, et rendent leurs extrémités chétives et grêles.
Ils ne portent jamais aucun vêtement, si ce n’est une petite ceinture d’écorces d’arbres, large de huit à dix pouces, qui entoure le milieu du corps.
Leurs armes consistent dans une lance en bambou, un arc de palmier, et des flèches empoisonnées.