Ils errent dans les forêts sans avoir de résidence fixe, et changent de lieu selon la plus ou moins grande abondance de gibier que leur fournit la place où ils se trouvent.

Lorsqu’une femme ressent les douleurs de l’enfantement, elle s’éloigne de ses compagnes, se rend sur le bord d’un ruisseau, lie transversalement un morceau de bois à deux arbres, repose et incline son corps sur cet appui, la tête penchée vers le sol, et reste dans cette position jusqu’à ce qu’elle soit délivrée.

Alors elle prend son nouveau-né, se baigne avec lui dans le ruisseau, et retourne ensuite à sa tribu.

Vivant à l’état de nature tout à fait primitive, ces sauvages ne possèdent aucun instrument de musique; et leur langue imitant, comme je l’ai dit, le gazouillement des oiseaux, emploie très-peu de mots, d’une difficulté incroyable pour l’étranger qui voudrait l’étudier.

Ils sont tous bons chasseurs, et se servent de l’arc avec une adresse merveilleuse.

Les petits négrillons des deux sexes, pendant que leurs parents courent les bois, s’exercent sur le bord des rivières, armés d’un petit arc. Lorsque dans l’eau transparente ils aperçoivent un poisson, ils lui tirent une flèche, et il est très-rare que le coup ne porte pas.

Toutes les armes des Ajetas sont empoisonnées. Une simple flèche ne ferait point une blessure assez grave pour arrêter dans sa course un animal aussi fort que le cerf; mais si le dard a été recouvert de la préparation vénéneuse connue d’eux, la moindre piqûre produit à l’animal atteint une soif inextinguible, et la mort immédiate lorsqu’il la satisfait.

Les chasseurs, alors, enlèvent les chairs autour de la blessure, et peuvent ensuite impunément se servir du reste pour leur nourriture; tandis que s’ils négligeaient cette précaution, la chair entière aurait acquis une saveur si amère, que des Ajetas mêmes ne pourraient la dévorer.

N’ayant jamais cru au fameux boab de Java, j’avais fait à Sumatra des recherches sur l’espèce de poison dont se servent les Malais. J’avais découvert que c’était tout simplement une forte dissolution d’arsenic dans du jus de citron, dont ils donnaient plusieurs couches à leurs armes.

Je voulus savoir ce qu’employaient les Ajetas. Ils me conduisirent au pied d’un grand arbre, en arrachèrent un peu d’écorce, et me dirent que c’était cette écorce qui leur servait de poison.