J’en mâchai devant eux: elle était d’une amertume insupportable, inoffensive d’ailleurs dans son état naturel; mais les Ajetas lui font subir une préparation, dont ils ne voulurent pas me donner le secret.
Quand leur poison forme une espèce de pâte, ils en mettent une simple couche sur leurs armes, de l’épaisseur d’un quart de centimètre.
L’Ajetas est d’une agilité et d’une adresse incroyables dans tous ses mouvements; il monte comme les singes sur les arbres les plus élevés, en saisissant le tronc des deux mains et y appliquant la plante des pieds.
Il court comme un cerf à la poursuite des bêtes fauves, son occupation favorite.
Il est extrêmement curieux de voir ces sauvages partir pour la chasse: hommes, femmes et enfants marchent tous ensemble, à peu près comme une troupe d’orang-outangs qui vont à la picorée.
Ils ont toujours avec eux un ou deux petits chiens, d’une race toute particulière, qui leur servent à poursuivre leur proie quand elle a été blessée.
J’avais joui tout à mon aise de l’hospitalité que m’avaient donnée ces hommes primitifs; j’avais vu par moi-même et au milieu d’eux tout ce que je voulais savoir.
La vie pénible que je menais depuis mon départ n’ayant d’autre abri que les arbres, et ne mangeant que ce que me donnaient les sauvages, commençait à me fatiguer; je résolus de retourner à Jala-Jala.
Cependant, avant mon départ, il me vint une idée, ce fut d’emporter le squelette d’un sauvage: c’était, selon moi, une pièce assez curieuse pour en doter le Jardin des Plantes ou le Musée d’anatomie.
L’entreprise devenait fort dangereuse, à cause de la vénération des Ajetas pour leurs morts.