C’étaient les Ajetas qui arrivaient.
Il n’y avait pas de temps à perdre. Nous nous hâtâmes d’emporter notre butin, et de nous sauver à toutes jambes.
Nous n’avions pas fait une centaine de pas, que nous entendîmes des flèches siffler à nos oreilles.
Les Ajetas, perchés au sommet des arbres, nous attendaient et nous attaquaient, sans que nous eussions même le moyen de nous défendre.
Heureusement la nuit venait à notre secours; leurs flèches ordinairement si sûres étaient mal dirigées, et ne nous atteignaient pas.
Tout en fuyant, nous déchargeâmes au hasard un de nos fusils pour les effrayer, et bientôt nous pûmes les distancer sans autre mal que la peur, et un avertissement préalable sur le danger de troubler le repos des morts.
Cependant, au sortir du bois, quelques gouttes de sang me firent remarquer une légère égratignure à l’index de la main droite, égratignure que j’attribuai à ma course précipitée. Sans m’en inquiéter davantage, selon mon habitude, je continuai ma marche jusqu’au bord de la mer.
Nous n’avions point abandonné notre squelette: nous le déposâmes sur la grève, ainsi que nos havre-sacs et nos fusils, et nous nous assîmes pour nous remettre des fatigues de la journée.
Alors commencèrent de la part de mes compagnons les réflexions motivées par notre position; le premier, mon lieutenant, inspiré par son affection pour moi et l’appréciation des dangers communs, m’apostropha ainsi: