«Allons, rassure-toi: demain il fera jour, et nous verrons ce que nous avons à faire. En attendant, tâchons de trouver quelques coquillages; car j’ai grand’faim, malgré la peur que tu voudrais me faire!»
Ce petit sermon réconforta mon Alila, qui se mit à faire du feu; puis, à l’aide de bambous enflammés, lui et son camarade se dirigèrent vers les rochers à la recherche des coquillages.
Alila, cependant, n’avait que trop raison, et moi-même je ne me dissimulais pas qu’un hasard seul pouvait nous tirer de la position critique dans laquelle nous nous trouvions par ma faute, pour avoir pensé à mon pays, et vouloir orner le musée de Paris d’un squelette d’Ajetas[1].
Par tempérament et habitude, je n’étais pas homme à m’effrayer d’un danger qui n’était pas immédiat; toutefois, je l’avoue, les dernières paroles que j’avais dites à Alila, «Il sera jour demain, et nous verrons,» me revenaient à la pensée et me préoccupaient.
Mes Indiens m’avaient déjà apporté une assez grande quantité de coquillages pour suffire à notre souper, lorsque Alila revint tout essoufflée:
«Maître, dit-il, je viens de faire une découverte: sur la plage, à cent pas d’ici, se trouve une pirogue que la mer a jetée sur le sable; elle est assez grande pour nous porter tous les trois; nous pouvons nous en servir pour nous rendre à Binangonan, et là nous serons à l’abri des flèches empoisonnées de ces chiens d’Ajetas!»
Cette découverte était, ou la Providence qui venait à notre secours, ou une complication de dangers plus grands encore que ceux réservés, sur terre, à notre réveil du lendemain.
Je me rendis tout de suite au lieu où Alila venait de faire son importante découverte.
Après avoir dégagé la pirogue des sables qui en recouvraient une partie, je m’assurai qu’avec des bambous, et en bouchant quelques crevasses, elle pouvait nous porter tous les trois, et nous servir à naviguer sur l’océan Pacifique pour nous éloigner des Ajetas.
«Eh bien! dis-je à Alila, tu le vois: n’avais-je pas raison, et ne reconnais-tu pas ici la Providence? Ne semble-t-il pas que cette belle embarcation, fabriquée peut-être à quelques mille lieues d’ici, nous arrive tout exprès des îles de la Polynésie pour nous tirer des griffes des sauvages?