Le jour pour moi tardait bien à revenir... car avec lui j’espérais reconnaître la plage de Binangonan-de-Lampon, refuge assuré où je devais retrouver l’hospitalité la plus franche et les secours précieux de mes anciens amis.
Enfin, ce soleil tant désiré parut à l’horizon; je reconnus alors que nous étions environ à trois lieues de la côte; j’avais beaucoup trop pris le large, et dépassé Binangonan d’une grande distance; il était impossible de revenir en arrière, le vent ne le permettait pas. Je me décidai donc à poursuivre la même route, et à faire tout mon possible pour arriver avant la nuit à Maoban, grand village tagaloc, situé sur la côte est de Luçon, et qu’une petite chaîne de montagnes sépare du lac de Bay.
Les premiers rayons du soleil et un peu de calme remirent mes Indiens en état de me rendre quelques services.
Nous passâmes toute la journée sans boire ni manger, et nous eûmes le chagrin de voir revenir l’obscurité sans avoir atteint notre but.
Cette position était des plus inquiétantes. Il pouvait survenir un orage, le vent pouvait souffler avec force, et la seule ressource que nous aurions eue alors était d’aller nous jeter au milieu des brisants pour faire côte: mais heureusement il n’en fut rien, et vers le milieu de la nuit nous reconnûmes, par une petite île, que nous étions en face du village de Maoban.
Je laissai aussitôt arriver, et, peu de temps après, nous nous trouvâmes dans une baie calme et paisible, près d’une plage sablonneuse.
La fatigue et le manque d’aliments avaient complétement épuisé mes forces; je mis pied à terre, je m’étendis sur le sable et m’endormis d’un profond sommeil, qui dura jusqu’au jour.
Lorsque je me réveillai, les rayons du soleil dardaient en plein sur moi; il était à peu près sept heures.
En toute autre occasion, j’aurais rougi de ma paresse; mais le moyen de m’en vouloir après trente-six heures de jeûnes et d’efforts désespérés!
Pendant mon sommeil, un de mes Indiens était allé au village chercher des provisions; je trouvai près de moi d’excellent riz et du poisson salé. Nous fîmes un repas délicieux et splendide.