Mes Indiens m’engagèrent, de la part des habitants, à me rendre au village pour y passer la journée; mais j’avais trop hâte d’arriver à mon habitation.
Je savais qu’en marchant bien nous pouvions traverser les montagnes et arriver à la nuit sur le bord du lac de Bay, à quelques heures de chez moi; je me décidai donc à partir sans délai.
Nous eûmes bientôt retiré nos effets de notre embarcation; la petite voile reprit sa forme primitive pour contenir les crânes et le squelette, cause de tous les dangers que nous venions d’affronter; et tous trois enfin, bien restaurés, munis de provisions pour la journée, nous commençâmes à gravir les hautes montagnes qui séparent le golfe de Maoban du lac de Bay.
La journée fut fatigante et pénible.
A sept heures du soir, nous nous embarquâmes sur le lac, et vers le milieu de la nuit nous arrivâmes à Jala-Jala, où j’oubliai bien vite toutes les fatigues de ce long et périlleux voyage, en pressant sur mon cœur mon cher fils et le couvrant de mes baisers paternels.
Mon bon ami Vidie, à qui j’avais vendu mon habitation, me remit des lettres qu’il avait reçues de Manille. On m’y attendait depuis plusieurs jours pour des affaires importantes. Je me décidai à partir dès le lendemain.
Je venais de terminer le dernier voyage que je devais faire dans l’intérieur des Philippines; je ne voulais plus m’éloigner de mon fils, seul être qui me restait de tous ceux que j’avais si tendrement aimés; je l’emmenai à Manille avec moi; je ne fis pas tout à fait mes adieux à Jala-Jala. Cependant j’avais presque l’intention de ne plus y revenir.
Le voyage fut pour moi aussi agréable que le permettaient mes tristes souvenirs.
J’éprouvais un si grand bonheur à tenir dans mes bras mon enfant et à recevoir ses naïves caresses, que j’oubliais par instant tous mes malheurs....
J’arrivai à Manille et fus prendre ma demeure chez Baptiste Vidie, frère de l’ami que j’avais laissé à l’habitation.