Quand nous fûmes remis de notre première émotion, elle me dit qu’elle venait me chercher, et fit elle-même les préparatifs de mon départ. J’étais trop reconnaissant de cette preuve d’amitié de la bonne Dolorès pour ne pas acquiescer à ses désirs, et il fut décidé que le lendemain je quitterais pour toujours Jala-Jala.
Le bruit s’en répandit parmi mes Indiens.
Ils vinrent tous me faire leurs adieux. Tous paraissaient profondément affligés; ils pleuraient, et me disaient: «O maître, ne nous ôtez pas l’espoir de vous revoir! Allez vous consoler près de votre mère, et revenez ensuite au milieu de vos enfants.»
Ce jour fut un jour de pénibles émotions.
Le lendemain, 29 février 1838, était un dimanche. J’allai faire mes derniers adieux aux restes bien chers que je laissais dans la tombe; j’entendis pour la dernière fois l’office divin dans cette modeste église que j’avais fait élever, et où pendant longtemps, entouré de toutes mes affections, j’étais heureux de réunir à pareil jour la petite population de Jala-Jala.
Après l’office, je me rendis au rivage, où m’attendait l’embarcation qui devait me conduire à Manille.
Là, entouré de tous mes Indiens, du bon curé le père Miguel, de mon ami Vidie, je leur fis à tous mon dernier adieu.
Dolorès et moi nous entrâmes dans l’embarcation.
A peine s’éloigna-t-elle de la rive, que tous les bras furent tendus vers moi, et toutes les bouches répétèrent:
«Bon voyage, maître; oh! revenez promptement!»