Je communiquai cette lettre à mes amis, et leur déclarai que je ne retournerais pas à bord sans avoir essayé de satisfaire au désir de mes compatriotes: il s’agissait de sauver la vie à deux équipages, et il n’y avait pas d’hésitation possible.
Ils firent tous leurs efforts pour ébranler ma résolution.
«Si vous vous montrez dans un seul quartier de la ville, me dirent-ils, vous êtes perdu. Quand bien même les Indiens ne vous tueraient pas, ils ne manqueront pas de piller tous les objets qui leur seront confiés.»
Je restai inébranlable, et leur fis observer que c’était une affaire d’honneur et d’humanité.
«Allez donc seul, s’écria le métis qui avait le plus contribué «à mon évasion; mais aucun de nous ne vous suivra: «nous ne voulons pas qu’il soit dit que nous avons aidé à la «perte de notre hôte.»
Je remerciai mes amis, et après leur avoir serré la main je cheminai dans les rues de Cavite, mes deux pistolets à la ceinture, songeant au moyen de mener à bonne fin ma périlleuse mission.
Cependant je connaissais déjà assez le caractère des Indiens pour être convaincu que l’excès de mon audace les calmerait, au lieu de les irriter.
Je me rendis sur la plage voisine du port de débarquement où la veille j’avais échappé à un si grand péril. Elle était couverte d’Indiens en observation devant les navires en rade.
Quand je fus à quelques pas, tous les regards se portèrent vers moi; mais, ainsi que je l’avais prévu, la physionomie de ces hommes, que la nuit avait d’ailleurs calmés, annonçait plus d’étonnement que de colère.
«Voulez-vous gagner de l’argent? leur criai-je. Ceux qui viendront travailler avec moi auront chacun une piastre à la fin de la journée.»