Ce sont, en général, des hommes laborieux, s’occupant, avec une remarquable aptitude, d’agriculture, d’industrie, et particulièrement de commerce. Aussi économes qu’habiles, ils sont peut-être les premiers commerçants du monde. Lorsqu’ils ont amassé une fortune assez considérable pour que le tiers puisse satisfaire la cupidité de leur mandarin, le second tiers celle de leur famille, et leur dernier tiers leur suffire à eux-mêmes, ils retournent volontiers dans leur patrie.
Comme c’est uniquement l’intérêt matériel qui les amène aux Philippines, ils s’y marient et y changent facilement de religion; mais s’ils y trouvent leur compte, lorsqu’ils rentrent en Chine ils reprennent leur ancienne religion, et souvent même la femme qu’ils y avaient laissée.
Les Chinois ont à Manille une juridiction à part, mais à peu près semblable à celle des Tagalocs, c’est-à-dire qu’ils nomment entre eux leur gobernadorcillo, ainsi que les collecteurs de l’impôt qu’ils sont tenus de payer au gouvernement espagnol.
Ainsi qu’on vient de le voir, la population de l’archipel des Philippines, gouvernée par les lois espagnoles, se compose:
| 1º De la population blanche. | 4,050 habitants. |
| 2º Métis espagnols-indiens. | 8,584 habitants. |
| 3º Métis chinois-espagnols et chinois-indiens. | 180,000 habitants. |
| 4º Indiens. | 3,304,742 habitants. |
| 5º Chinois. | 9,901 habitants. |
| Ensemble. | 3,507,277 habitants. |
Des infidèles.
Au centre de l’île de Luçon se trouve une étendue de terres de quatre cent cinquante lieues carrées, que les Espagnols nomment le pays des infidèles.
Cette partie de l’île est habitée par des peuples insoumis, vivant plus ou moins à l’état sauvage, mais en grandes réunions, se garantissant des intempéries des saisons sous un toit dans le genre des cases indiennes, vivant de chasse, d’un peu d’agriculture, et empruntant aux arbres de la forêt l’écorce qui leur sert de vêtement.
Les Ajetas sont les seuls qui, dans l’état de primitive nature, habitent indistinctement presque toutes les montagnes de l’île de Luçon. Ces peuples, dont l’origine se perd en vaines conjectures, changent de nom selon les localités qu’ils habitent, ou portent celui qu’ils se sont donné eux-mêmes. En 1838, le gouvernement espagnol voulut tenter de les soumettre, et fit pénétrer chez eux une petite armée. Cette expédition fut obligée de se retirer sans avoir rempli le but qu’on s’était proposé[5]. On ne connaîtra leurs mœurs que lorsqu’on aura pu les aller étudier chez eux-mêmes.
Les Tinguianès et les Igorrotès sont ceux chez lesquels j’ai le plus voyagé. J’ai donné dans ce livre d’assez longs détails sur leurs coutumes et leurs mœurs; je crois inutile de me répéter.