§ X.—Des insectes.
Plusieurs espèces d’insectes sont un tourment et même, on peut le dire, une véritable calamité pour les habitants des Philippines.
Telles sont les innombrables sauterelles qui, ainsi qu’un gros nuage et un foudroyant orage, s’abattent sur les récoltes et les moissonnent en quelques heures; et sur les montagnes, les petites sangsues, qui ne laissent pas un instant de repos au voyageur.
Une troisième famille dont je n’ai pas parlé, celle des fourmis, vient aussi apporter son contingent d’incommodité et de destruction: ouvrières diligentes, nuit et jour en mouvement, elles s’introduisent partout, dévorent les provisions, montent dans les lits lorsqu’on n’a pas la précaution de placer les pieds dans des vases remplis d’eau, détruisent les récoltes avant de naître, font crouler les édifices sans qu’on s’y attende; et enfin, lorsqu’on les trouble sans précaution dans leurs travaux, elles vous enfoncent leur aiguillon dans les chairs, et vous causent une vive douleur.
Cette famille mérite, pour chacune de ses espèces, une description particulière.
1. Fourmi rouge (langam).
La fourmi rouge, de la couleur que son nom indique, et que les Indiens nomment langam, est la plus nombreuse, la plus répandue. Elle se trouve partout, dans les champs et les habitations; elle dévore toutes les provisions qu’on laisse à sa portée, attaque les animaux vivants qui sont sans défense. J’ai vu souvent des oiseaux en cage, que l’on n’avait pas eu soin de mettre hors de leur portée, dévorés dans une nuit. Elles montent dans les lits, si on n’a pas pris la précaution de s’en garantir, et leur morsure produit une douleur et une démangeaison insupportables. Elles détruisent dans les champs les graines qui sont ensemencées, ce qui oblige le cultivateur à semer le double des semences dont elles sont le plus friandes[8]. Elles sont, en un mot, une véritable calamité contre laquelle il faut constamment être en lutte. Elles ont cependant un avantage: celui de faire disparaître, en peu de temps, tous les débris d’animaux dont les émanations putrides pourraient être nuisibles.
2. Fourmi des bois (lanteck).
La fourmi des bois, que les Indiens nomment lanteck, est d’un beau noir, de la grosseur et plus longue qu’une mouche ordinaire. Elle n’habite que les bois, où elle construit des fourmilières, et elle y renferme ses provisions. Elle n’est nuisible que si on l’attaque; alors elle saisit son ennemi avec deux fortes pinces qu’elle porte près des antennes, se replie sur elle-même et lui enfonce dans les chairs l’aiguillon dont elle est armée à l’extrémité du corps. La douleur que produit sa piqûre est si vive, qu’elle se fait sentir comme une étincelle électrique. J’ai vu des étrangers piqués par un seul de ces insectes, et qui ont cru avoir été mordus par un serpent. La douleur vive se passe très-vite, mais l’enflure et la démangeaison durent plusieurs heures.