Ordinairement ce sont des hommes qui sont chargés d’arracher le plant, et des femmes de le mettre en terre.

Deux hommes suffisent pour cette opération: l’un arrache le plant, et l’autre le conduit au lieu de la plantation, qui n’est jamais bien éloigné, et le distribue aux planteuses.

Celui qui est chargé de l’arracher a devant lui une petite table, fixée en terre par un pieu, et une grande quantité de petits liens en bambou, qu’il porte à la ceinture, comme nos jardiniers portent le jonc quand ils taillent les arbres. Il arrache le plant sans aucune précaution, coupe sur sa petite table les feuilles et les longues racines, en forme de petites bottes de la grosseur d’un bras, et les place dans une espèce de traîneau auquel est attelé un buffle.

L’autre Indien les conduit au lieu de la plantation, et jette les bottes dans toutes les directions sur le terrain qui doit être planté, les séparant assez les unes des autres pour que les planteuses puissent les prendre en allongeant le bras, sans avoir à se déranger de la direction qu’elles suivent pour faire la plantation.

Les planteuses, dans la vase jusqu’à mi-jambe, sont placées sur une même ligne; elles marchent à reculons, prennent les petites bottes de plants qui ont été jetées sur le champ, en défont le lien, séparent un à un les plants, les enfoncent avec le pouce dans la vase, en observant de les placer à une distance de dix à douze centimètres les uns des autres.

Elles ont une si grande habitude de cette plantation, elles la font avec une rapidité et une régularité si parfaites, qu’on serait tenté de croire qu’elles se sont servies d’une mesure pour conserver la distance qui existe d’une plante à l’autre.

Aussitôt la plantation terminée, et malgré un soleil ardent, on laisse le champ sans eau pendant huit à dix jours; mais dès que les plants commencent à pousser leurs feuilles vertes, s’il n’y a pas de pluies, on irrigue et on recouvre la terre de cinq à six centimètres d’eau; au fur et à mesure que la plante s’élève, on augmente la quantité d’eau.

Il est rare qu’il soit nécessaire de faire un sarclage; mais les bons cultivateurs ont soin de débarrasser les champs des grandes plantes aquatiques qui nuiraient au riz.

Lorsque le riz a acquis sa plus grande hauteur, un mètre dix à un mètre vingt centimètres, il n’est plus nécessaire d’irriguer; il serait même nuisible de le faire à l’époque de la floraison.

Quelquefois le terrain est si fertile, que la plante acquiert une hauteur presque égale à celle de nos blés; alors elle croit tout en herbe, et, pour l’obliger à produire, un Indien armé d’une longue perche, sur le milieu de laquelle il marche pour lui donner plus de poids, couche toutes les plantes, qui semblent alors avoir été versées par un fort coup de vent.