Quatre mois après la plantation, c’est-à-dire cinq mois et demi après les semailles, le riz est à sa maturité et bon à récolter. On le coupe à la faucille. Des hommes et des femmes sont chargés de ce travail. Au fur et à mesure, on en fait de grosses gerbes, qui sont placées en meules sur un terrain élevé pour attendre le moment du triage.

Dans quelques parties de l’île de Luçon, cette première récolte est remplacée par une seconde plantation d’une espèce de riz plus précoce (par celle de montagne, nommée pinursegui); mais alors le semis s’est fait à l’avance, et d’une manière toute différente de celle dont je viens de donner la description.

Trois semaines ou un mois avant la première récolte, les Indiens placent sur les étangs, sur les rivières, de petits radeaux en bambous qu’ils recouvrent d’une forte couche de paille, et sur cette paille ils font leur semis; les grains poussent, les racines s’entrelacent à la paille, et vont à la surface de l’eau puiser leur nourriture. Lorsque la première récolte a été faite, lorsque le champ a reçu un labour et qu’il a été préparé à recevoir la seconde plantation, on enlève le semis du radeau, en roulant tout simplement la paille comme on roulerait une natte; on la transporte au lieu de la plantation, et là on arrache une à une les jeunes plantes, on les débarrasse des feuilles et des longues racines, et on les met en terre. Moins de trois mois après, on obtient une seconde récolte, bien moins abondante, il est vrai, que la première, mais qui cependant indemnise largement le cultivateur.

L’Indien des Philippines a étudié tous les moyens possibles de se procurer son aliment naturel, et il a profité de tous les avantages que lui fournit la nature féconde de son pays. Aussi emploie-t-il encore une autre méthode pour obtenir presque sans travail d’abondantes récoltes.

Une espèce de riz essentiellement aquatique (macon sulug) donne d’abondants produits, quoique baignée continuellement par les eaux.

Dans quelques parties de l’île où se trouvent des marais, des lacs de petite profondeur, les Indiens préparent des semis de cette espèce de riz, qui a la propriété de donner de très-longues feuilles.

Ces semis se font comme pour l’espèce aquatique.

Six semaines après, on arrache le plant, on coupe les racines, mais on a bien soin de conserver les feuilles dans toute leur longueur.

On les place dans de légères embarcations, et un Indien parcourt toute la partie du lac où son bras peut atteindre le fond; il enfonce le plant dans la vase, et laisse surnager la feuille.

Bientôt ces feuilles prennent de la force, et s’élèvent au-dessus de l’eau, à peu près à la même hauteur que si la surface de l’eau était la terre.