L’industrie, à Manille, commence à sortir de ses langes; elle est généralement exercée par les Indiens et par les Chinois. On trouve parmi eux tous les corps de métiers nécessaires à la vie habituelle, tels que tailleurs, cordonniers, ébénistes, charpentiers, forgerons, maçons, etc., etc.
Depuis quelques années, on commence à introduire quelques machines à vapeur; une de ces machines fait marcher une scierie mécanique située dans les faubourgs. Il en est d’autres, dans les provinces, employées aux grandes sucreries, comme à l’habitation de Calatagan. Cette belle propriété appartient à don Mariano Roxas, homme éclairé, plein d’instruction, qui, depuis plusieurs années, voyage utilement en Europe pour étudier et envoyer aux Philippines, sa patrie, tout ce qui peut y faire avancer l’industrie. Le progrès ne tarderait pas à prendre un développement considérable, si l’Espagne possédait dans cette belle colonie quelques hommes de la capacité et de la persévérance de celui que je viens de nommer.
Plusieurs bateaux à vapeur naviguent sur les lacs et les rivières, et dans la mer des Bisayas, où ils rendent d’immenses services au commerce contre la piraterie des Malais. Ces redoutables pirates ne peuvent plus lutter de vitesse contre la vapeur, avec leurs pancos armés de deux ou trois rangs de rames, comme les anciennes galères, tandis qu’ils échappaient facilement aux poursuites des bâtiments à voiles.
L’industrie la plus considérable à Manille, celle qui occupe le plus de bras, est sans contredit la fabrication des cigares et des cigarettes. Le gouvernement a pris possession de la régie des tabacs, et il emploie continuellement de 15 à 20,000 ouvriers des deux sexes. Le commerce de Manille exporte des cigares pour des sommes considérables dans l’Inde, l’Australie et l’Europe.
Après la fabrication des cigares viennent les grandes usines où sont terrés les sucres exportés à l’étranger. Don Mariano Roxas possède un des plus beaux établissements de ce genre; il y a ajouté une distillerie où les appareils de Derosne et Cail produisent journellement des quantités considérables d’excellent rhum. Par suite d’un accord avec le gouvernement, le même M. Roxas a établi, il y a peu de temps, vingt-cinq appareils sur divers points de l’archipel, pour fournir à la régie des boissons les vins de Nipa, qui lui sont nécessaires[11].
De jolies calèches, des voitures de luxe se fabriquent également à Manille.
Il y a dans les environs plusieurs grandes briqueteries et fabriques de poterie, ainsi que des corderies où se confectionnent, en abaca, tous les cordages nécessaires à la navigation.
Presque tous les cuirs employés aux Philippines sont tannés et préparés à Manille. Les Indiens ont un art particulier pour préparer les peaux de tous les animaux quelconques: dans vingt-quatre heures ils tannent une peau de bœuf ou de buffle, et la mettent en état d’être employée dans l’industrie.
L’orfèvrerie et la bijouterie sont des branches d’industrie qui laissent peu à désirer aux Philippines: des femmes fabriquent des chaînes en or qui sont de véritables chefs-d’œuvre de ciselure.
Manille et les provinces fournissent une grande quantité d’étoffes en soie, en coton et en abaca, remarquables pour leur solidité, leur finesse et la modicité de leur prix.