A la caserne d’infanterie où je me présentai, l’officier de garde me donna un soldat pour me conduire à la demeure du capitaine: il était temps; la nuit était déjà close.
Don Juan Porras était un Andalous, bon homme, et d’un caractère extrêmement gai. Je le trouvai la tête enveloppée de madras, et occupé à assujettir deux énormes cataplasmes qui lui couvraient entièrement les yeux.
«—Señor capitan, lui dis-je, je suis médecin et savant oculiste; je viens ici pour vous soigner, et j’ai la ferme confiance de vous guérir.
«—Basta (C’est assez), me répondit-il. Tous les médecins de Manille sont des ânes.»
Cette réponse plus que sceptique ne me découragea pas, et je résolus d’en tirer parti.
«C’est aussi mon opinion, repris-je aussitôt; et c’est parce que je suis très-fortement convaincu de l’ignorance des docteurs indigènes, que j’ai pris la résolution de venir pratiquer aux Philippines.»
«—De quelle nation êtes-vous, monsieur?» me demanda le capitaine.
«—Je suis Français.»
«—Un médecin français! s’écria don Juan. Oh! c’est bien différent; je vous demande pardon d’avoir parlé avec tant d’irrévérence des hommes de votre art. Un médecin français! Je me fie complétement à vous: prenez mes yeux, monsieur le docteur, et faites-en ce que vous voudrez.»
La conversation prenant une bonne tournure, je m’empressai d’aborder la question principale.