«—Vos yeux sont bien malades, seigneur capitaine, lui dis-je; il faudrait, pour arriver à une prompte guérison, que je ne vous quittasse pas d’une minute.»

«—Voudriez-vous consentir à demeurer quelque temps chez moi, monsieur le docteur?»

La question était résolue.

«—J’y consens, répondis-je, mais à une condition: c’est que je vous payerai mon logement et ma pension.»

«—Qu’à cela ne tienne! vous êtes libre, me dit le bon homme: c’est une affaire conclue. J’ai une jolie chambre et un bon lit tout préparé, il ne vous reste plus qu’à envoyer chercher vos bagages. Je vais appeler mon domestique.»

Ce terrible mot de bagages résonna comme un glas à mon oreille; je jetai un regard mélancolique sur la coiffe de mon chapeau, cette malle improvisée qui contenait toutes mes hardes... je veux dire ma petite veste blanche, et je craignais que don Juan ne me prît pour quelque matelot déserteur, cherchant à le duper.

Cependant il n’y avait pas à reculer; je m’armai de tout mon courage, et je lui racontai brièvement la triste situation où je me trouvais, en ajoutant que je ne pourrais payer ma pension qu’à la fin du mois, si j’étais assez heureux pour découvrir quelques malades.

Don Juan Porras m’avait tranquillement écouté. Quand mon récit fut terminé, il partit d’un grand éclat de rire qui me fit frémir des pieds à la tête.

«—Eh bien! s’écria-t-il, j’aime mieux cela; vous êtes pauvre, donc vous aurez plus de temps à donner à ma maladie, et plus d’intérêt à me guérir. Comment trouvez-vous le syllogisme?

«—Excellent, seigneur capitaine; et vous verrez avant peu, j’espère, que je ne suis pas homme à compromettre un logicien aussi distingué que vous. Dès demain matin j’examine vos yeux, et je ne les abandonne plus que je ne les aie guéris radicalement.»