Pendant la nuit, Ruiz s’était rendu, au nom de Novalès, chez le général Folgueras qui commandait en l’absence du gouverneur Martinès, retenu à sa campagne, peu distante de Manille. Il avait surpris la garde et s’était emparé des clefs de la ville, après avoir poignardé Folgueras; de là, il était allé aux prisons, avait donné la liberté aux détenus, et avait mis à leur place les principaux fonctionnaires de la colonie.

Le 1er léger était sur la place du Gouvernement, prêt à livrer bataille; deux fois il avait essayé de surprendre l’artillerie et la citadelle, mais il avait été repoussé.

On attendait des secours du dehors et les ordres du général Martinès pour attaquer les révoltés.

Bientôt nous entendîmes quelques décharges d’artillerie: c’était le général Martinès qui, à la tête du régiment de la Reine, faisait enfoncer la porte Sainte-Lucie et pénétrait dans la ville de guerre.

Le corps d’artillerie se joignit au général gouverneur, et nous marchâmes vers la place du Gouvernement.

Les insurgés avaient placé deux canons à l’issue de chaque rue.

A peine approchions-nous du palais, que nous essuyâmes une terrible décharge de mousqueterie. L’aumônier particulier du général fut la première victime.

Nous étions alors engagés dans une rue qui longe les fortifications, et par laquelle il était impossible d’attaquer l’ennemi avec avantage.

Le général Martinès changea la direction de l’attaque, et nous revînmes à la charge par la rue Sainte-Isabelle.

Les troupes, formées sur deux lignes, suivaient les deux côtés de la rue et laissaient le milieu libre; d’un autre côté, le régiment de Panpangas avait traversé la rivière et arrivait par une des rues opposées: les insurgés étaient pris entre deux feux.