Je n’étais pas de l’avis de ces messieurs: j’eusse préféré la folie à la mort, car j’avais toujours l’espérance de voir la folie se calmer, puis disparaître.
Que de fous n’a-t-on pas guéris et ne guérit-on pas tous les jours? tandis que la mort c’est le dernier mot de l’humanité; et, comme l’a bien dit un jeune poëte:
La pierre de la tombe,
Entre le monde et Dieu c’est un rideau qui tombe!
Je résolus de lutter contre la mort et de défendre Anna, en essayant tous les calculs si problématiques de la science.
Je regardai mes confrères comme plus ignorants encore que je ne les avais jugés; et, fort de mon amour, de mon attachement, de ma volonté, je commençai le combat avec le destin, qui se montrait à moi sous des couleurs aussi sombres.
Je m’enfermai dans la chambre de la malade, et ne la quittai plus. J’avais beaucoup de mal pour lui faire prendre les médicaments que je croyais lui être nécessaires; il me fallait tout l’empire que j’avais conservé sur elle pour lui persuader que les boissons que je lui présentais n’étaient pas empoisonnées.
Sans dormir, elle était cependant dans une somnolence qui dénotait un grand ébranlement du cerveau.
Cet état affreux dura pendant neuf jours; neuf jours pendant lesquels je ne savais si je gardais une morte ou une vivante, et je priais Dieu à tous les instants du jour de faire un miracle.
Un matin, je vis la malade fermer les yeux... j’eus une peur effrayante, et que je ne saurais décrire... Le sommeil qui venait de s’emparer d’elle aurait-il un réveil? Je me penchai vers elle, j’écoutai sa respiration, elle était égale et s’exhalait sans bruit; je tâtai le pouls, les pulsations étaient plus calmes et plus régulières; un peu de mieux s’annonçait. J’attendis dans une terrible anxiété.