Le chef porta la main à son salacot, et dit à ses camarades:

«S’il en est ainsi, les soldats espagnols ne nous feront pas de mal aujourd’hui, et nous n’en ferons pas non plus à notre tour. Suivez-moi!»

Ils partirent au pas de course.

Un instant après je mis mes chevaux au galop dans une direction tout à fait opposée à celle où j’aurais pu rencontrer les soldats.

Les bandits me regardaient de loin, et le scrupule avec lequel je tenais la parole que je leur avais donnée porta son fruit.

Non-seulement je vécus plusieurs mois en sécurité à Tierra-Alta, mais quelques années après, lorsque j’habitais Jala-Jala et qu’en ma qualité de commandant de la gendarmerie territoriale de la province de la Lagune, j’étais l’ennemi naturel des bandits, je reçus le billet suivant:

«Monsieur,

«Défiez-vous de Pedro Tumbaga! Nous sommes invités par lui à nous rendre à votre habitation, et à vous attaquer par surprise; nous nous sommes souvenus du matin où nous vous avons parlé aux cascades, et de la sincérité de votre parole. Vous êtes un homme d’honneur. Si nous nous trouvons face à face avec vous, et qu’il le faille, nous vous combattrons, mais loyalement, et jamais après vous avoir tendu une embûche. Tenez-vous donc sur vos gardes, craignez Pedro Tumbaga; c’est un lâche, capable de se cacher pour vous tirer un coup de fusil...»

On conviendra que j’avais affaire à des bandits bien honnêtes.