Je leur répondis:

«Vous êtes des braves. Je vous remercie de votre avis, mais je ne crains pas Pedro Tumbaga. Je ne conçois pas que vous gardiez parmi vous un homme capable de se cacher pour tuer son ennemi; si j’avais un soldat comme lui, j’en aurais bientôt fait justice, et cela sans avoir recours aux tribunaux...»

Quinze jours après ma réponse, Tumbaga n’existait plus; la balle d’un bandit m’en avait débarrassé.

Je reviens à mon premier récit.

Lorsque je fus éloigné des bandits à Ylang-Ylang, j’arrêtai mes chevaux, et je pensai à Anna, car je craignais pour elle l’impression qu’avait produite la rencontre peu agréable que nous venions de faire.

Mais heureusement mes craintes étaient vaines, ma femme n’éprouvait aucune terreur; et lorsque je m’informai si elle avait eu peur, elle me répondit:

«Peur! ne suis-je pas avec toi?»

J’eus plus tard, dans bien des circonstances périlleuses, la preuve certaine qu’elle m’avait dit l’exacte vérité, car elle conserva toujours le même sang-froid.

Lorsque je jugeai qu’il n’y avait plus de danger, je revins sur mes pas et nous rentrâmes chez moi, satisfaits de la conduite des bandits envers nous, et trouvant dans cette conduite la certitude qu’ils ne nous voulaient point de mal.

Je remerciai mentalement mon ami l’Indien, car je ne doutais pas que je lui dusse la tranquillité dont nos turbulents voisins nous laissaient jouir.