L’époque fatale où ma femme devait ressentir une nouvelle crise approchait; bientôt elle allait éprouver une attaque de la terrible maladie causée par la révolte de Novalès.
J’avais espéré que l’air de la campagne, les bains, les distractions de tout genre guériraient ma pauvre malade; mon espoir fut déçu, et, comme le mois précédent, j’eus la douleur d’assister à toute une période de souffrances physiques et morales.
Je fus désespéré: je ne savais plus quel parti prendre; je me décidai cependant à rester à Tierra-Alta. Là, ma chère compagne était heureuse les jours où sa santé lui revenait; les autres jours, je ne la quittais pas, essayant de combattre la fatale maladie par tout ce que l’art et l’imagination peuvent inventer.
Enfin, à force de soins et de tentatives, mes efforts furent couronnés d’un plein succès, et, à l’époque où le mal devait revenir, j’eus le bonheur de ne pas le voir paraître et la certitude d’une guérison définitive.
Dès lors j’éprouvai toute la joie que l’on ressent après avoir longtemps craint de perdre une personne tendrement aimée, quand on la voit revenir à la vie, et je me livrai sans crainte aux plaisirs multipliés qu’offrait Tierra-Alta.
J’aimais la chasse, et j’allais fort souvent dans les montagnes de Marigondon, chez mon ami l’Indien.
Nous poursuivions ensemble le cerf et les divers oiseaux qui abondent dans ce pays, à tel point que l’on a à choisir entre quinze à vingt espèces de colombes, de poules et de canards sauvages, et qu’il m’est arrivé souvent d’en abattre cinq ou six d’un seul coup.
La chasse aux poules sauvages, espèce de faisans, m’amusait beaucoup.
Nous chassions dans de grandes plaines parsemées de petits bois, avec de bons et beaux chevaux dressés exprès; les chiens faisaient partir le gibier, nous étions armés de fouets, et nous tâchions de l’abattre d’un seul coup, ce qui n’était pas aussi difficile que l’on pourrait le croire.
Lorsqu’une compagnie de poules épouvantées partait d’un petit massif, nous mettions nos chevaux au galop, et c’était une véritable course au clocher que les gentlemen-riders eussent bien désiré faire.