Mon fidèle Indien veillait à ma conservation bien plus qu’à la sienne. Il s’opposa à ce que je prisse une arme à feu, et même un lacet; il n’avait pas assez de confiance en mon adresse, et préféra que je restasse à cheval, libre de mes mouvements.

Je partis donc, ayant pour toute arme un poignard à ma ceinture.

Nous nous divisâmes par trois, parcourant la plaine au petit pas, mais ayant bien soin de nous écarter de la lisière des bois, pour n’être pas surpris par l’animal que nous allions bravement combattre.

Après avoir marché pendant une heure, nous entendîmes enfin les aboiements des chiens, et comprîmes que le gibier que nous chassions était débusqué.

Alors nous regardâmes avec la plus grande attention l’endroit où nous pensions voir arriver l’ennemi. Il se faisait prier pour se montrer; enfin, tout à coup les bois craquèrent, les branches furent rompues, les jeunes arbres renversés, et un superbe buffle parut à environ cent cinquante pas de nous.

Ce buffle était d’un beau noir, ses cornes étaient d’une très-grande dimension. Il portait la tête haute, et flairait où étaient ses ennemis...

Tout à coup, partant avec une vitesse incroyable chez un animal aussi puissant, il se dirigea vers un de nos groupes, formé de trois Indiens.

Ceux-ci partirent au galop de leurs chevaux, et allèrent former un triangle.

L’animal choisit l’un d’eux, et fondit impétueusement sur lui.

Pendant ce temps, un autre, qu’il avait déjà dépassé, tourna bride et lança le lacet qu’il tenait à la main; mais il ne fut pas adroit, et manqua son coup.