Naturellement il mit dans son rapport que je m’étais trompé, que la maladie dont je parlais était imaginaire; et il fit si bien que le gouverneur, irrité, me condamna à une amende de six piastres.
Le mois suivant, je présentai de nouveau le même soldat pour qu’il fût réformé, comme n’étant pas apte à faire son service; une commission de huit médecins fut nommée; leur décision fut que j’avais raison, et cela à l’unanimité. Le soldat fut licencié.
Cette réparation ne me suffisant pas, je présentai une réclamation au gouverneur, qui ne voulut pas y faire droit, sous le prétexte étrange que la décision du comité médical ne pouvait infirmer la sienne.
J’avoue que je ne compris pas cet argument. Ce raisonnement, en admettant toutefois que c’en fût un, me parut spécieux. Comment admettre que l’innocent fût puni et que l’ignorant qui m’avait contredit et s’était trompé ne reçût aucun blâme.
Cette injustice me révolta. Je suis Breton et j’ai vécu avec les Indiens, deux natures qui n’aiment que la justice et le bon droit.
Je fus tellement affecté de la conduite du gouverneur à mon égard, que je me rendis chez lui, non pour réclamer encore, mais pour lui donner ma démission des places importantes que j’occupais.
Il me reçut en souriant, et me dit qu’après un peu de réflexion je reviendrais sur mon idée.
Le cher gouverneur se trompait. En sortant de son palais, j’allai au ministère des finances et j’achetai la propriété de Jala-Jala.
Mon parti était pris, ma résolution inébranlable.
Bien que ma démission ne fût pas encore acceptée, je commençai à agir comme si j’étais entièrement libre. J’avais, au préalable, prévenu Anna, et lui avais demandé si elle voudrait vivre à Jala-Jala?