Mais il arriva qu’un archevêque de Manille trouva que ce culte de la reconnaissance chinoise était du paganisme, et fit enlever le toit du presbytère et celui de la chapelle.
Ces mesures brutales n’eurent aucun résultat, si ce n’est de laisser l’eau du ciel pénétrer dans les bâtiments.
Mais pour le culte voué à saint Nicolas, il dura toujours, et dure encore. Peut-être est-ce bien parce qu’on a voulu l’interdire!
De nos jours, à l’époque où cette fête a lieu, c’est-à-dire vers le 6 novembre de chaque année, on peut jouir d’un coup d’œil ravissant.
Le Pasig à Saint-Nicolas offre la nuit une délicieuse perspective: on y voit de grandes embarcations amenées à grand frais de Manille, sur lesquelles sont bâtis de véritables palais à plusieurs étages, terminés en pyramides, et éclairés depuis la base jusqu’au sommet.
Pirogue indienne.
Toutes ces lumières se reflètent dans les eaux paisibles de la rivière, et semblent augmenter le nombre des étoiles qui tremblent en se mirant à la surface des flots: c’est Venise improvisée.
Dans ces palais, on joue, on fume de l’opium, on fait de la musique.
Le pévété, encens chinois, brûle partout et continuellement en l’honneur de saint Nicolas, que l’on invoque chaque matin, en jetant dans la rivière des petits carrés de papier de diverses couleurs. Saint Nicolas ne paraît pas; la fête dure deux semaines, au bout desquelles les fidèles se retirent jusqu’à l’année suivante.