Mes ordres furent exécutés; le coupable nia comme il avait fait précédemment. Cette opiniâtreté m’irrita, et je lui fis administrer une nouvelle correction semblable à la première.
Le malheureux endurait avec un véritable courage cette cruelle punition.
Tout à coup, au milieu de ses souffrances, il s’écria avec un accent pénétrant:
«Oh! Monsieur, je suis innocent, je vous le jure. Puisque vous ne voulez pas me croire, prenez-moi chez vous; je serai un serviteur fidèle, et bientôt vous acquerrez la preuve que je suis victime d’une infâme calomnie.»
Ces paroles me touchèrent.
Je réfléchis que cet infortuné n’était peut-être pas coupable. J’eus peur de m’être trompé, d’avoir été injuste sans le savoir. Je pensai qu’une haine particulière avait pu pousser les deux témoins à me faire une fausse déclaration et m’exposer à punir un innocent.
Je le fis délier.
«L’épreuve que tu demandes, lui dis-je, est facile à tenter.
«Si tu es un honnête homme, je serai pour toi un père; mais si tu me trompes, n’attends de moi aucune pitié. A dater de ce moment, tu fais partie de ma garde; mon lieutenant te remettra des armes.»
Il me remercia avec effusion, et son visage s’éclaira d’une joie subite. On l’incorpora dans ma garde.