O justice humaine, combien tu es fragile et souvent inintelligente!... J’appris, quelque temps après cette scène, que Bazilio de la Cruz (c’était le nom du patient) était innocent.
Les deux misérables qui l’avaient dénoncé s’étaient sauvés, pour échapper au châtiment qu’ils méritaient.
Bazilio tint sa promesse. Tout le temps que je restai à Jala-Jala, il me servit fidèlement et sans rancune.
Ce fait m’impressionna vivement.
Je jurai qu’à l’avenir je n’infligerais point de punition sans être bien sûr de la vérité des faits énoncés. J’ai tenu religieusement ma promesse, du moins je le pense. Je n’ai jamais fait appliquer un seul coup de fouet sans qu’au préalable le coupable n’eût avoué sa faute[2].
Les meilleurs marins connus dans les Indes sont les naturels des Philippines.
Courageux et d’une forte constitution, ils aiment à supporter les plus grandes fatigues et à affronter les dangers; leur intelligence les rend supérieurs aux autres marins de l’Inde.
Un matelot tagaloc peut remplir, à bord d’un navire, toutes les fonctions nécessaires. Timonier, voilier, charpentier et calfat, on l’emploie avec la certitude qu’il fera bien tout ce qui lui sera commandé.
Cependant ces hommes ne sont, pour ainsi dire, employés comme marins que par les Espagnols, qui les connaissent et savent les gouverner.
Les Anglais ne les admettent qu’en très-petit nombre à bord de leurs bâtiments qui naviguent dans les Indes, et les assurances de Madras ne permettent pas que le nombre de trois Tagalocs soit dépassé à bord de chaque navire assuré par elles.