Cette mesure est due au grand nombre de navires dont les équipages ont été assassinés par quelques-uns de ces matelots, qui ensuite se sont emparés du vaisseau.
L’épisode que je vais raconter fera bien connaître l’utilité de cette précaution.
En 1838, un joli brick de Calcutta était sorti depuis quelques jours du port de Canton, où il avait réalisé en bonnes piastres un riche chargement d’opium.
La saison favorable, une mer unie et paisible, faisaient espérer au capitaine un prompt retour à Calcutta, son port d’armement.
Plus de trois millions de francs, résultat de sa vente, lui assuraient une bonne réception de ses commettants; mais le destin en avait disposé autrement, et ce beau navire, la riche cargaison, et une partie de son équipage, ne devaient plus revoir les bords du Gange.
L’équipage était composé de trente hommes: le capitaine, un second, un lieutenant, cinq matelots anglais, vingt Lascars et deux matelots des Philippines, nommés Antonio et Cayetano.
Un soir, Cayetano fut accusé par un matelot anglais d’avoir dérobé une bouteille de rhum.
Le capitaine, sévère comme tous les officiers de la marine anglaise qui commandent aux pacifiques Indiens du Bengale, fit venir Cayetano, et, sans tenir compte des preuves qu’il voulait donner de son innocence, le fit attacher sur une caronade et frapper de vingt-cinq coups de corde.
Pas une plainte, pas un soupir ne trahirent la douleur et l’affront que venait de subir Cayetano pour un châtiment non mérité.
Seulement, au moment où il fut renvoyé par le capitaine, il lui lança un coup d’œil de vengeance plus expressif que tous les reproches qu’il eût pu lui faire, et il descendit dans sa cabine.