L'empire ne change rien à la question des principes. Pouvoir révolutionnaire et sans légalité, il réunit, d'une main vigoureuse et habile, les éléments fécondants de la révolution de 89. Il organise la société matérielle jusqu'alors si maltraitée, arme la cité d'une force nécessaire pour la garantir des intérêts individuels, et il va sur les champs de bataille défendre la France nouvelle contre l'Europe monarchique.
En 1814, la maison de Bourbon remonte sur le trône de ses ancêtres, et avec elle le principe primordial de la tutelle. Elle se ressaisit de la souveraineté inhérente à la véritable royauté; et, si elle juge à propos d'accorder aux besoins des temps quelques libertés, c'est comme une concession de sa toute-puissance quelle pourra absorber, quand elle le jugera bon. Cette absorption qu'elle essaya l'étouffa en 1830.
La révolution de juillet, en renversant la restauration, a voulu reprendre à la royauté le principe de la souveraineté et le replacer dans la nation. Les hommes qui depuis quinze ans avaient manœuvré dans le cercle de la Charte royale de 1814, et qui avaient fait à la monarchie légitime cette facile, cette grammaticale opposition; ces hommes, dis-je, furent bien effrayés à la vue de la victoire populaire qu'ils étaient loin d'avoir prévue; et, satisfaits de la proscription de la branche aînée, ils s'empressèrent de ramasser pièce à pièce les mille fragments du gouvernement détruit, et, soufflant de leurs petits poumons sur ce tas de brisures, ils s'en firent un ordre social tout juste assez grand pour les héberger, laissant le peuple vainqueur aboyer à la porte.
Ce livre n'est point un pamphlet. Philosophe, nous cherchons dans l'étude de l'histoire à découvrir ces grands principes qui sont la base des sociétés. Nous n'ignorons pas qu'entre ces époques mémorables, où l'homme, dépouillé de ses vieilles croyances, cherche à reconstruire le monde à sa nouvelle image, il y a des moments terribles d'hésitation et de souffrance, de force et de faiblesse, pendant lesquels l'humanité, désertant les temples d'une voix qui expire, s'avance lentement dans l'avenir; et que souvent elle revient se pencher douloureusement sur les débris du passé qu'elle inonde de ses larmes. Les gouvernements, qui alors s'emparent de la société matérielle pour donner le temps à la pensée de préparer sa nouvelle demeure, sont très utiles; mais leur existence est attachée à la durée des besoins qui les avaient appelés. La Charte de 1830 n'a aucun de ces caractères de grandeur et d'unité qui décèlent une institution forte: c'est une halte de la société matérielle qui, dans l'incertitude du chemin qu'elle doit suivre, attend le retour de ses éclaireurs pour continuer son voyage.
On comprend le but de ce livre. C'est l'étude d'un homme indépendant qui, sans aucune préoccupation politique, cherche à pénétrer dans la vie intime de ces fractions sociales qui composent une nation, à y saisir le trait qui les caractérise, et à prendre acte des éléments qu'elles déposent dans la moralité d'un peuple. L'auteur a voulu tracer un page de l'histoire de son temps: La critique lui apprendra s'il a réussi dans ses efforts.
II.
DE LA FRANCE.