Gain du cordouanier
Entre par l'huys et ist (sort) par le fumier.
Dans la tradition sicilienne, le savetier est le type de l'ouvrier pauvre par excellence, et les récits populaires le représentent comme se donnant beaucoup de mal sans parvenir à gagner leur vie. Un conte anglais prétend que si la corporation n'est pas riche, c'est qu'elle a encouru autrefois la malédiction divine. Un jour qu'une dame du Devonshire reprochait à un pauvre cordonnier son indolence et son manque d'esprit, elle fut bien étonnée de l'entendre dire: «Ne vous inquiétez pas de nous; nous autres cordonniers, nous sommes une pauvre et misérable race et il en a toujours été ainsi depuis la malédiction que Jésus-Christ a formulée contre nous. Quand on le conduisait au Calvaire, il vint à passer devant une échoppe de cordonnier; celui-ci le regarda de travers et lui cracha au visage. Notre-Seigneur se retourna et dit: Tu seras toujours un pauvre et tous les cordonniers après toi, pour ce que tu viens de me faire.»
D'après la légende, le Juif-Errant était en effet cordonnier, et l'imagerie populaire l'a plusieurs fois représenté avec les attributs de ce corps d'état; dans une planche normande que décrit Champfleury, il est sorti de sa boutique pour voir passer le Christ, et il l'insulte; une ancienne image parisienne le montre dans sa boutique et criant: Avance et marche donc, comme le bois du musée de Quimper, que nous reproduisons. Un proverbe de la Belgique wallonne: «Il est comme le savetier qui court», assimile le Juif-Errant à un cordonnier.
Les proverbes qui suivent font allusion à la démangeaison de parler des cordonniers, qui les porte à altérer la vérité.
—N'am faighteadh ciad sagart gun 'bhi sanntach. Ciad tàillear gun 'bhi sunntach; Ciad griasaich' gun 'bhi briagach; Ciad figheadair gun 'bhi bradach; Ciad gobha gun 'bhi pàiteach; 'Us ciad cailleach nach robhr iamh air chéilidh. Chuireadh iad an crùn air an righ gun aon bhuille.
S'il y avait cent prêtres qui ne seraient pas gourmands; cent tailleurs qui ne seraient pas gais; cent cordonniers pas menteurs; cent tisserands pas voleurs; cent forgerons pas altérés; cent vieilles femmes pas bavardes, on pourrait couronner le roi sans crainte.
—Le cordonnier ne fait pas un pas sans mentir.
—La politique des cordonniers.
—La grammaire honnête des cordonniers. (Proverbes russes.)
On a souvent donné aux cordonniers, non sans quelque intention malicieuse, l'épithète de «brave»; dans le corps, on lui attribue une origine illustre et tout à l'honneur du métier. Le gniaf rapporte avec orgueil qu'un jour Henri le Grand examinant une liste de criminels, demanda qui ils étaient. Il y avait des maçons, des charrons, des couvreurs, des tailleurs, mais de cordonniers, point! ce que voyant, le roi s'écria: Les cordonniers sont des braves! Le mot se répandit et l'épithète de brave est restée depuis lors aux cordonniers.