Les carreleurs, qui tirent leur nom de la pose des carreaux à la semelle des souliers, ne viennent pour la plupart exercer leur profession que pendant l'hiver, et aux premiers jours de soleil ils s'en retournent en Lorraine s'adonner aux travaux des champs.

Une chanson de Charles Vincent décrit assez bien la vie de ce pauvre savetier qui, un bâton à la main, s'en va jetant son cri de Carr'leur soulier:

Ainsi le savetier traverse
Grand'ville, village et hameau;
Pour braver le froid et l'averse,
Sa hotte lui sert de manteau.
Au printemps, dans les nuits superbes,
Prenant le ciel pour hôtelier,
Il s'étend dans les hautes herbes,
Sa hotte lui sert d'oreiller.
Carr'leur soulier!

Près d'une borne de l'église.
Tous les jours, au soleil levant,
Il déballe sa marchandise
Et vient s'établir en plein vent.
Sa hotte lui sert de banquette.
Il chante en son vaste atelier,
Et ses chants que l'écho répète
Vont éveiller tout le quartier.
Carr'leur soulier!

Et pendant qu'il bat ses semelles,
Chacun chez lui entre en passant
Pour lui demander des nouvelles,
Car il est le journal vivant.
Il sait plus d'un petit mystère,
Et dit, sans se faire prier,
Pourquoi tous les soirs le notaire…
Pourquoi la femme de l'huissier…
Carr'leur soulier!

Autrefois, des savetiers ambulants parcouraient les rues, en criant, pour avertir les clients qui avaient des chaussures à réparer ou à vendre; voici leur cri au XVIIe siècle:

Housse aux vieux souliers vieux!
Il est temps que je pense à boire,

(Devant que plus avant je voise)
De bon vin, fût fort ou vieux.

Qui a des vieux souliers
À vendre en bloc ou en tâche!

[Illustration: Un savetier, d'après une eau-forte de Van Ostade.]