Frater désignait autrefois le garçon chirurgien ou le barbier; ce mot est encore un peu usité.

Des dictons populaires semblent dater de l'époque où, par suite de la transformation de la coiffure, le métier de perruquier devint assez précaire; à Paris, on donne le nom de côtelette de perruquier à un morceau de fromage de Brie; en Saintonge, un louis de perruquier est une pièce de menue monnaie. En Belgique, faire une ribote de perruquier est l'équivalent du proverbe s'enivrer d'eau claire; on l'explique, en disant qu'au moment de la décadence des perruques, la seule distraction qui fût à la portée des perruquiers liégeois consistait à se promener sur les bords de la Meuse et à y faire des ricochets dans l'eau.

L'iconographie comique des artistes capillaires est considérable; nous avons eu l'occasion d'en parler plusieurs fois au cours de cette monographie. Les dessinateurs d'animaux se livrant à des occupations humaines n'ont eu garde de les oublier, et ils figurent dans la série des singeries.

[Illustration: Les Singeries humaines (1825): Le jour de barbe.]

C'est surtout à l'époque révolutionnaire et sous le règne de Louis-Philippe que les caricaturistes ont usé et abusé des allusions à double sens, facilement comprises de tous, que pouvaient fournir les perruques et la barberie. L'une des premières caricatures de la Révolution est celle du Perruquier patriote (1789), que nous avons reproduite d'après une gravure appartenant à M. Dieudonné (p. 5); au-dessous est cette légende:

Au sort de la patrie, oui, mon coeur s'intéresse;
Que l'on me laisse faire, il n'est plus de débat;
Je rase le Clergé, je peigne la Noblesse,
J'accommode le Tiers État.

Elle eut assez de succès pour être imitée et reproduite en divers formats; un peu plus tard, la note, qui n'était d'abord que plaisante, s'accentue, ainsi que nous l'avons déjà dit en parlant des enseignes; une caricature, dont il existe plusieurs variantes, faisant allusion à la mainmise sur les biens du clergé, a cette inscription: «Vous êtes rasé, monsieur l'abbé!» et vers 1793, on voit employer souvent la sinistre plaisanterie du rasoir national.

Sous la monarchie de Juillet, on a représenté Louis-Philippe en coiffeur, en train de tordre les cheveux d'une femme qui tient à la main un bonnet phrygien. L'image a pour légende: «Pauvre liberté, quelle queue!» Dans une autre charge, le roi, à son tour, est sur un fauteuil et regarde dans un miroir sa figure, qui a pris la forme d'une poire; un coiffeur lui dit: «Vous êtes rasé, ça n'a pas été long.»

DEVINETTES ET PROVERBES

—Devant quelle personne le roi se découvre-t-il?
Devant le coiffeur.