Et le samedi:
—Il faut de l'argent, maître.
—Va-t'en au diable,
Il t'en donnera peut-être.
Voici la traduction d'une chanson en breton du Morbihan, qui provient de la lisière de la forêt de Camors:
Écoutez et écoutez,
Diguedon, maluron-malurette,
Écoutez et écoutez,
Une chanson récemment composée,
Une chanson récemment composée.—Diguedon, etc.
Composée sur un sabotier de bois.
Son domaine est dans la forêt,
Et sur sa maison des fenêtres de bois.
Et l'intérieur en est verni
Avec le feu et la fumée,
Et les toiles d'araignées.
Comment enverrai-je le dîner,
Je ne sais ni chemin ni sentier.
Il y a trois chemins au bout de la maison,
Prenez celui du milieu,
Celui-là vous mènera le plus loin.
Quand je fus rendu au milieu de la forêt,
J'entendis le bruit du sabotier de bois
Et le bruit de la hache et de l'herminette.
Le sabotier est de mauvaise humeur,
Si la tarière gratte doucement.
Le sabotier est de bonne humeur,
Quand le sabotier travaille.
Il n'est pas obligé de boire de l'eau;
Il peut aller aux auberges
Boire du cidre plein son ventre.
Dans le Morbihan, les sabotiers appellent les paysans des couyés (sots) et les méprisent; de leur côté, les paysans ont peu d'estime pour eux, et ils leur adressent des dictons méprisants:
Sabotier, sale botier,
Sabotier en cuir de brouette.
Sabatour kaed e hra perpet
Lestri de gas tud de goahet.
Le sabotier fait en tout temps—Vaisseaux à mener ch…r
les gens.
Entre eux les sabotiers se traitent de cousins. C'est au reste une population à part qui naît, vit et meurt dans le bois; elle forme à sa manière une sorte d'aristocratie. Pour être vrai sabotier, il faut être fils de père et de mère, de grands-pères et de grand'mères sabotiers, autrement on n'est que sabotier bâtard.