Barbouilleurs
De couleurs
Fêtons nos dimanches;
Mais, gais travailleurs,
Le lundi retroussons nos manches.
Barbouilleurs
De couleurs
Fêtons nos dimanches.
C'est bien le moins qu'à table assis
On trinque un jour sur six.

L'image allégorique «Crédit est mort» était populaire dès la première moitié du XVIIe siècle; le peintre ne figure pas dans l'estampe de Lagniet, mais on le voit, sur les placards d'Épinal, mettre à mort cet illustre personnage, en compagnie du musicien et du maître d'armes; au-dessous est cette inscription:

O peintre, artiste de génie,
Que son art pouvait enrichir,
Indolemment passe sa vie
A boire, à manger, à dormir.
Il jure contre la fortune,
Il se plaint partout du sort,
Mais ce qui surtout l'importune
C'est que maître Crédit est mort.

[Illustration: Peintre en bâtiment Italien, d'après Mitelli (1680).

Au-dessous est une inscription, qui indique que ce métier ne fatigue pas l'intelligence, parce qu'il consiste à étendre des couches de blanc.]

En dépit de cette emphatique allusion au génie, il ne s'agit pas ici des artistes peintres, dont la condition, assez misérable jadis, a longtemps inspiré l'ancienne caricature, mais d'un peintre d'enseignes; l'imagier d'Épinal a en effet copié le décorateur au port ambitieux, que représente la lithographie de Carle Vernet, dont nous parlons plus loin. C'est bien à lui que s'applique l'inscription à double sens d'une de ces estampes: «Rouge ou blanc m'est égal».

Au commencement du siècle dernier, un personnage de la comédie de Lesage, les Trois Commères, formulait cet aphorisme: Un peintre qui loge dans un cabaret est là comme un poisson dans l'eau. Plus récemment, on a dit: Il n'a que des cabarets en tête, des idées de peintre.

Chez les peintres, de même que dans la plupart des métiers où les ouvriers sont réunis en chantiers ou en ateliers, il y a d'assez nombreuses circonstances qui, d'après la coutume, sont le prétexte de libations plus ou moins copieuses.

Lorsque, après trois ans d'apprentissage, l'arpète ou apprenti devient compagnon, on «arrose sa première blouse», et il paye à boire à ses camarades d'atelier. Il est aussi d'usage «d'arroser les galons» du compagnon qui passe caporal, c'est-à-dire chef d'une équipe. Quand il devient maître compagnon, et est alors chargé de la surveillance générale des chantiers de la maison, il doit aussi régaler les ouvriers. Autrefois, quand un compagnon entrait dans une nouvelle maison, il devait payer sa bienvenue. Cet usage tend à disparaître.

Certaines maladresses donnent lieu à des amendes, qui sont dépensées chez le marchand de vin: lorsqu'un ouvrier laisse tomber quelque outil du haut de son échelle, un de ses camarades se hâte de le ramasser, et celui auquel il le rend sait qu'il devra verser quelque chose. L'amende est aussi appliquée à celui qui, peignant une porte, par exemple, manque de touche ou, par oubli, a laissé une partie sans lui donner une couche. Quand un étranger a l'imprudence de manier un outil, de prendre une brosse et d'essayer de peindre, les ouvriers lui disent qu'en pareil cas l'usage est de leur payer une bouteille de vin ou une tournée.