La sainte ne borna pas là sa protection: un peu plus loin la princesse rencontra un génie des eaux, qui la recueillit dans son palais sous-marin; elle y redevint femme et plus tard, il l'épousa.
En reconnaissance de cette miraculeuse intervention, chaque année, le jour anniversaire de celui où elle avait été sauvée, la princesse venait avec ses enfants remercier sainte Brigitte en sa chapelle. Mais pour éviter toute relation avec les hommes, elle se montrait alors sous la forme de cane, que la sainte lui avait donnée quand elle était en danger de se noyer, et ses enfants devenaient pareillement des canetons.
(Recueilli par Mme Lucie de V. H.)
La légende qui suit est beaucoup plus tronquée, et les conteurs ont oublié le commencement; mais elle explique pourquoi les apparitions ont cessé, et relate en même temps une vengeance de sainte Brigitte à l'égard d'une pèlerine irrespectueuse:
Du temps des fées, on voyait tous les ans, à l'assemblée de Sainte-Brigitte, arriver une cane suivie de douze canetons, qui se rendait à sa chapelle.
Elle y vint plusieurs années de suite; mais un jour un méchant garçon tua l'un des canetons d'un coup de pierre, et depuis ce temps, la cane ne reparut plus. Celui qui avait commis ce meurtre en fut puni, car à partir de ce moment lui et les siens n'éprouvèrent que du malheur.
Il ne faisait pas bon se moquer de sainte Brigitte. Un jour deux jeunes filles étaient venues en pèlerinage à sa chapelle, et l'une d'elle s'écria en voyant la statue:
—Oh! la vilaine sainte! pour tout l'argent du monde, je ne voudrais pas l'embrasser!
À peine eut-elle achevé ces paroles, que par la permission de la sainte sa tête fut changée de côté.
(Conté en 1885, par J. M. Comault).