La cane et les canetons suivaient aussi la procession des Rogations.

D'après une autre version, le jeune homme qui avait tué l'un des canetons fut aussitôt transformé en épervier, et peu après il fut tué d'un coup de fusil, au moment où il se disposait à enlever un poulet dans la cour d'une ferme.

D'autres disent qu'il fut changé en cochon, et qu'il se mit à suivre la procession en grognant. Un fermier l'emmena; mais ayant essayé vainement de l'engraisser, il lui cassa la tête d'un coup de hache et l'enterra dans un coin de son jardin.

Sainte Brigide ou Brigitte, vierge et abbesse, VIe siècle (8 septembre), est invoquée par les femmes en couches en Basse-Bretagne, et en Haute-Bretagne elle donne du lait aux nourrices. Elle est la patronne de Berhet, Kermoroch, Loperhet, Noyalo, Perguet, Sainte-Brigitte, et elle y a de nombreuses chapelles. En Haute-Bretagne, je ne connais que celle qui est près de Merdrignac et celle à laquelle se rattachent les légendes ci-dessus. Elle est située dans la commune de Notre-Dame du Guildo; la statue de la sainte est fort laide en effet, et l'on comprend en la voyant l'exclamation de la pèlerine; il y a à côté une statuette de sainte Marguerite, plus petite, et derrière la chapelle sont deux fontaines dont l'eau est de bonne qualité et très abondante, qui portent le nom des deux saintes.

Sainte Brigitte de Merdrignac est invoquée par les nourrices pour avoir du lait. Près de sa chapelle est aussi une fontaine. On raconte à Laurenan qu'un homme du village de l'Erignac qui se rendait au marché, ayant entendu les lamentations d'une femme qui suppliait la sainte de lui donner du lait, entra dans la chapelle et se mit à se moquer d'elle.

Mal lui en prit, car à peine fut-il sorti qu'il lui sembla qu'on lui tenaillait les seins, et quand il rentra chez lui il était plus gonflé de lait que ne le fut jamais vache laitière.

On m'a plusieurs fois raconté ces légendes, mais elles ne sont plus connues de tout le monde dans le voisinage, ainsi que j'ai pu m'en convaincre par l'enquête que j'ai faite. Les deux premières versions sont assez étroitement apparentées avec la célèbre légende de la cane de Montfort.

Je n'ai jamais trouvé celle-ci dans la tradition orale, tout au moins à l'état de récit en prose. M. Joüon des Longrais, qui a réimprimé le «Recit veritable de la venue d'une Canne sauvage en la ville de Montfort», composé en 1652 par le père Barleuf, ne connaissait que des versions en vers de cette légende[5], qu'il a étudiée dans sa curieuse introduction. Mais il y reproduit plusieurs variantes de la chanson populaire dont Châteaubriand cite quelques vers dans ses Mémoires d'outre-tombe et que sa mère lui chantait, il y a plus d'un siècle; le docteur Roulin a recueilli, vers 1850, deux versions qui sont reproduites dans les Chansons populaires d'Ille-et-Vilaine de Lucien Decombe, et j'ai moi-même rencontré plusieurs chansons qui parlent d'une «fille du pais du Maine», transformée en cane. Vers 1820, M. Poignand a donné dans ses Antiquités historiques et monumentales, une chanson qui, au contraire, localise l'aventure aux environs de Montfort. C'est à ce titre que je la reproduis ci-dessous, et aussi parce que c'est la seule chanson populaire qui, à ma connaissance, se rattache à la légende dorée de la Haute-Bretagne.

Une fille du bourg de Saint-Gilles,
Des plus belles et des plus gentilles,
Un dimanche la matinée
Par des soldats fut enlevée.
Lui ont lié si dur les veines
Qu'elle ne peut avoir son haleine,
Et l'ont malgré tous ses efforts,
Conduite au château de Montfort.
L'officier la voyant venir
De joie ne pouvait se tenir:
«Faites-la monter dans ma chambre,
Nous dînerons tantôt ensemble.»
À chaque marche qu'elle montait,
Son pauvre cœur (il) soupirait.
«C'est donc ici la belle chambre
Où il faut que mon Dieu j'offense.»
Le capitaine assura bien
Que son Dieu n'offenserait point,
Qu'il lui donnait son cœur pour gage
Et la prendrait en mariage.
«Oh! monsieur, permettez-moi donc
Que je fasse mon oraison.»
Elle a prié Dieu, Notre-Dame
Et Saint-Nicolas d'être cane.
Quand la prière fut achevée,
En cane elle a pris sa volée,
Elle s'envola par une grille
Dans un étang plein de lentilles.
Quand le capitaine vit cela,
Tous ses soldats il appela,
Ont bien douné cinq cent coups d'armes
N'ont jamais pu toucher la cane.
Le capitaine au désespoir,
Ne veut rien entendre ni voir,
Ne veut plus être capitaine,
Dans un couvent se fera moine.