«Qu'y a-t-il donc, messieurs? vous me semblez avoir la mine bien sombre. Pourquoi toute cette belle compagnie reste-t-elle ébahie, comme si elle voyait quelque étrange monument, une comète, un phénomène extraordinaire?
—Monsieur, vous savez que c'est aujourd'hui le jour de votre mariage. Nous étions tristes d'abord, dans la crainte que vous ne vinssiez pas; mais nous le sommes encore plus maintenant, de vous voir venir si mal accoutré... Ce n'est pas dans ce costume sans doute que vous comptez vous marier.
—D'honneur, tout comme me voilà. Ainsi, trêve de discours; c'est moi qu'elle épouse, et non mes habits. Mais où est donc Catherine? La matinée se passe, nous devrions déjà être à l'église.»
Shakespeare n'a pas mis en action les incidents prodigieux de la cérémonie nuptiale. Il s'est contenté d'un récit, mais le récit est si vivant qu'il égale, qu'il surpasse en couleur et en mouvement dramatique le spectacle de la chose même.
«Seigneur Gremio, venez-vous de l'église?
—Ah! d'aussi bon cœur que je suis jamais sorti de l'école.
—Et le marié et la mariée reviennent-ils au logis?
—Le marié, dites-vous? joli mari! fi, le brutal! la pauvre fille en saura quelque chose.
—Quoi! plus bourru qu'elle? c'est impossible.