[517]: Dépêche de lord Granville du 15 octobre. (Correspondence relative to the affairs of the Levant.)
[518]: Tel était même le désir des ministres de «faire quelque chose», que les idées les plus étranges traversèrent alors le cerveau de certains d'entre eux. Ainsi fut-il question d'une entreprise éventuelle de la flotte sur les îles Baléares, dont la France se serait brusquement saisie pour assurer ses communications avec l'Algérie et faire échec à l'influence anglaise, alors dominante en Espagne. Contre un État avec lequel nous ne nous trouvions pas en guerre et qui était même absolument étranger au conflit oriental, un tel coup de main eût été d'un forban plutôt que d'un gouvernement civilisé. Mais le souvenir de l'expédition d'Ancône avait quelque peu altéré la notion du droit des gens, et depuis que les orateurs de la coalition s'étaient complu à opposer cet exemple de l'énergie de Périer aux défaillances des ministres du 15 avril, le désir de refaire n'importe où une «anconade» était devenu pour certains esprits une véritable obsession. Si peu que le projet ou le rêve de mettre la main sur les Baléares ait occupé le cabinet français, il transpira cependant au dehors; le gouvernement anglais en fut informé et s'empressa d'avertir le gouvernement espagnol. (Bulwer, t. II, p. 301 à 308.) On aurait quelque peine à attribuer une idée si bizarre aux membres ou même seulement à l'un des membres du ministère du 1er mars, si l'on n'avait sur ce point un aveu formel. Quelques semaines plus tard, le 3 décembre, en pleine Chambre des députés, le comte Jaubert s'exprimait ainsi: «La flotte de Toulon! Qui vous a dit que nous n'en voulions rien faire? Nous voulions en faire quelque chose. (On rit.) Nous n'avons pas eu le temps, vous le savez bien. La flotte, à Toulon, était plus menaçante pour l'Angleterre que partout ailleurs; car à Toulon elle dominait les îles Baléares: ce gage... (Exclamations aux centres. Agitation prolongée), ce gage du retour de notre armée d'Afrique, s'il devenait nécessaire. Vous avez tort de vous récrier. J'ai commencé par dire que d'autres n'étaient pas responsables et de mes paroles et de mes pensées personnelles.» Devant l'effet fâcheux produit par cette révélation, un autre ministre du 1er mars, M. Vivien, chercha, dans la même séance, à en réduire la portée. «Oui, messieurs, dit-il, on prévoyait que, dans le cas d'une collision, une autre puissance voudrait s'emparer des Baléares, et la flotte était destinée à les protéger.» Les journaux de Londres firent naturellement grand tapage de l'indiscrétion du comte Jaubert. Le Constitutionnel leur répondit qu'il avait été question «non d'occuper les Baléares, mais de les protéger contre quelqu'une de ces entreprises de corsaire dont la marine anglaise était coutumière».
[519]: Traduit devant la Cour des pairs, Darmès fut condamné à mort, le 29 mai 1841, et exécuté le 31.
[520]: Journal écrit par l'une des princesses royales pour le prince de Joinville. (Revue rétrospective.)
[521]: M. Duchâtel, arrivé à Paris le 17 octobre, constatait aussitôt ce double résultat dans une lettre à M. Guizot, en date du 19 octobre. (Mémoires de M. Guizot.)—Voy. aussi une lettre écrite au même M. Guizot, le 18 octobre, par M. de Lavergne, alors attaché à M. de Rémusat; M. de Lavergne déclarait que «l'attentat de Darmès avait hâté la maturité d'une situation déjà fort avancée.» (Revue rétrospective.)—M. de Rémusat, de son côté, écrivait, non sans amertume, à un de ses amis, le 17 octobre: «Beaucoup de gens, fort susceptibles naguère sur la question d'honneur national, sont charmés de trouver dans la crainte de l'anarchie un prétexte pour se refroidir.» (Documents inédits.)
[522]: Journal écrit pour le prince de Joinville. (Revue rétrospective.)
[523]: M. de Metternich, bien que fort animé contre M. Thiers et déclarant que «l'Europe jetait contre lui un cri d'indignation», croyait cependant «nécessaire de le conserver dans son poste actuel», et il ajoutait: «C'est devant les Chambres que M. Thiers doit tomber; toute autre chute serait un danger évident, et pour la France, et pour l'Europe.» (Dépêche au comte Apponyi, du 23 octobre 1840. Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 487, 488)
[524]: Mémoires de M. Dupin, t. IV, p. 100, et Notice sur M. Duchâtel, par M. Vitet.—Ce ministre était probablement M. Cousin. Depuis quelque temps, il laissait clairement voir son désir de s'en aller; un jour où l'on discutait sur les périlleuses complications de la crise extérieure, il s'était penché vers M. de Rémusat et lui avait dit à mi-voix: «Ne trouvez-vous pas que j'aurais mieux fait d'achever mon mémoire sur Olympiodore?»
[525]: Mémoires de M. Guizot.
[526]: Morning Herald du 17 octobre 1840.