[520]: De courts extraits donneront l'idée de ce petit livre. Il débutait ainsi: «La prudence a ses lois, elle a ses bornes. Dans la vie des hommes, il est des circonstances où les explications les plus précises deviennent une haute obligation qu'il faut remplir. Je l'avouerai: depuis surtout que le pouvoir du faux semble reprendre parmi nous un empire qui paraissait aboli, depuis que des haines vieillies et des fictions surannées viennent de nouveau corrompre la sincérité du langage et dénaturer les droits de la justice, j'éprouve le besoin de le déclarer: je suis Jésuite, c'est-à-dire religieux de la Compagnie de Jésus... Il y a d'ailleurs, en ce moment, trop d'ignominies et trop d'outrages à recueillir sous ce nom, pour que je ne réclame point publiquement ma part d'un pareil héritage. Ce nom est mon nom; je le dis avec simplicité: les souvenirs de l'Évangile pourront faire comprendre à plusieurs que je le dise avec joie.» La fin n'était ni moins noble ni moins touchante: «Que si je devais succomber dans la lutte, avant de secouer, sur le sol qui m'a vu naître, la poussière de mes pas, j'irais m'asseoir une dernière fois au pied de la chaire de Notre-Dame. Et là, portant en moi-même l'impérissable témoignage de l'équité méconnue, je plaindrais ma patrie, et je dirais avec tristesse: Il y eut un jour où la vérité lui fut dite; une voix la proclama, et justice ne fut pas faite; le cœur manqua pour la faire. Nous laissons derrière nous la Charte violée, la liberté de conscience opprimée, la justice outragée, une grande iniquité de plus. Ils ne s'en trouveront pas mieux; mais il y aura un jour meilleur, et, j'en lis dans mon âme l'infaillible assurance, ce jour ne se fera pas longtemps attendre. L'histoire ne taira pas la démarche que je viens de faire; elle laissera tomber sur un siècle injuste tout le poids de ses inexorables arrêts. Seigneur, vous ne permettrez pas toujours que l'iniquité triomphe sans retour ici-bas, et vous ordonnerez à la justice du temps de précéder la justice de l'éternité.»

[521]: M. Libri écrivait alors: «M. l'abbé de Ravignan s'intitule publiquement membre de la Compagnie de Jésus, ce qu'on n'avait jamais osé faire sous la Restauration.» Et M. Cuvillier-Fleury disait dans le Journal des Débats: «Ils ont osé, quatorze ans après la révolution de Juillet, ce qu'ils n'avaient jamais tenté, même sous la Restauration; ils se sont nommés.»

[522]: Lettres inédites du R. P. de Ravignan.

[523]: Discours du 16 février 1832.

[524]: Vie du P. de Ravignan, par le P. de Pontlevoy, t. I, p. 265 à 269.

[525]: Vie de Mgr Devie, par M. l'abbé Cognat, t. II, p. 416.—M. Villemain écrivait à Mgr Mathieu, le 14 janvier 1844: «Je connais la douceur du nom de Jésus-Christ et je le fais aimer à mes petits-enfants. Les âpretés de la vie publique, loin de détourner de Celui qui console, y ramènent le cœur.» (Vie du cardinal Mathieu, par Mgr Besson, t. I, p. 317.)

[526]: Courrier français du 12 février 1844.

[527]: Voir t. III, ch. I, § III.

[528]: Ces détails et ceux que nous ajoutons plus loin sont rapportés dans la Vie de Mgr Affre, par M. Cruice, mort depuis évêque de Marseille.

[529]: Première Lettre à M. le duc de Broglie (1844).