[262]: Revue rétrospective.—Le Times avait publié, pendant le séjour du duc de Bordeaux à Londres, un article tout à fait conforme aux vues du gouvernement français. L'auteur de cet article était M. Reeve, alors à Paris. Peu de jours après, comme il était présenté au Roi, celui-ci lui dit: «Je regrette, monsieur Reeve, de ne pouvoir vous exprimer plus complètement, en cette circonstance, combien je vous ai d'obligations pour le service que vous nous avez rendu.» (The Greville Memoirs, second part, vol. II, p. 216.)
[263]: Lettre de M. Guizot au comte de Jarnac, en date du 6 novembre 1843. (Mémoires de M. Guizot, t. VIII, p. 58.)
[264]: Lettre du comte de Jarnac, en date du 8 novembre 1843. (Ibid., p. 61.)
[265]: Le duc de Broglie a développé cette idée, le 16 janvier 1845, à la tribune de la Chambre des pairs: «Il y a deux manières, a-t-il dit, d'être en paix avec les autres puissances. On peut être en paix, et puis aussi en bonne intelligence, en amitié, en confiance; ou bien on peut être en paix, et puis être dans un état de hauteur, de froideur, dans un état de défiance et de bravade. On peut avoir des relations pacifiques qui soient amicales, et on peut avoir des relations pacifiques qui ne soient pas amicales. Ces deux situations sont également compatibles avec la paix; il ne faut pas s'y tromper cependant: elles ne sont pas compatibles avec la paix également dans tous les cas et pour tous les pays.» L'orateur montrait par exemple qu'entre la France et la Russie «l'état de paix et un état de froideur et de méfiance pouvaient durer assez longtemps, sans inconvénients graves». Mais en pouvait-il être de même entre la France et l'Angleterre? Il montrait ces puissances à peu près limitrophes, ayant «des relations commerciales ou autres immenses, de toutes les natures, de tous les jours et de tous les instants, se rencontrant partout», en Europe et dans le reste du monde. «Croyez-vous que, dans un tel état de choses, une situation de froideur, de réserve et de mésintelligence soit longtemps compatible avec la paix? Si les deux nations se placent dans une telle situation, l'une vis-à-vis de l'autre, que, des deux tribunes, on s'envoie à tous les instants des défis; dans une telle situation que, toutes les fois que leurs marins se rencontrent quelque part, ils enfoncent leurs chapeaux et se regardent entre les deux yeux; que lorsque l'une dise blanc, l'autre dise noir; que leurs agents diplomatiques, lorsqu'ils ont à traiter des affaires ensemble, en Espagne, en Grèce, à Constantinople, partout, car ils se rencontrent partout, si l'un prend un parti, l'autre prenne nécessairement un parti opposé, je ne crois pas, pour ma part, qu'un tel état de choses puisse être durable.»
[266]: M. de Metternich a critiqué assez finement M. Guizot d'avoir choisi pour qualifier ses relations avec l'Angleterre «un mot exprimant un sentiment». «Il eût bien mieux fait, ajoutait le chancelier, de prendre position sur le terrain de l'intérêt réciproque qu'ont ces États de vivre en paix et dès lors en bonne harmonie... Les mots d'entente cordiale ne marquent qu'une disposition morale, et ce sont justement les dispositions qui prêtent le plus à la critique passionnée et haineuse... En exprimant un sentiment, M. Guizot a fait appel aux sentiments opposés.» (Lettre au comte Apponyi, du 29 août 1844. Mémoires de M. de Metternich, t. VII, p. 27 et 28.)
[267]: Cette intervention de M. Duvergier de Hauranne fut connue alors dans le monde parlementaire. M. Thiers lui-même s'amusait de ce qu'on racontait à ce sujet: «Que voulez-vous? disait-il, puisqu'il faut absolument un gouvernement personnel, j'ai choisi Duvergier.» Il écrivait à ce dernier: «Au roi de mon choix.» Des quatre anciens doctrinaires qui s'étaient séparés de M. Guizot en 1840, deux, M. Duvergier de Hauranne et M. de Rémusat, étaient restés dans l'opposition et même s'y étaient enfoncés plus avant; deux, M. Piscatory et le comte Jaubert, étaient au contraire revenus aux conservateurs: le premier avait été nommé, en juin 1843, ministre de France à Athènes; le second devait être élevé à la pairie, à la fin de 1844.
[268]: Quarante-huit heures avant l'ouverture de la session britannique, le collaborateur de M. Guizot, M. Désages, écrivait à notre chargé d'affaires à Londres: «Je vois avec peine que sir Robert Peel a plus peur que lord Aberdeen et même qu'il nous rend moins justice. J'espère toutefois qu'il ne fera pas à ses adversaires de concessions qui se traduiraient ici en démenti donné à la cordiale entente et nous vaudraient de nouveaux débats où nous serions conduits, à notre tour, à affaiblir la valeur de notre expression.» (Documents inédits.)
[269]: M. Désages mandait à M. de Jarnac, le 9 février 1844: «M. Guizot a écrit à votre chef (M. de Sainte-Aulaire, ambassadeur à Londres) que nous étions contents de lord Aberdeen, de sir Robert Peel et de lord Brougham.» (Documents inédits.)
[270]: Voy. t. III, ch. III, § X, et t. IV, ch. I, § XI.
[271]: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.