C’est vers le Ciel que les mains se tendent ; en lui que les yeux se réfugient ou se perdent ; c’est lui que montre le doigt d’un prophète ou d’un consolateur ; c’est du haut de lui que certaines paroles sont tombées, et que certains appels de trompettes se feront entendre.

Et sans doute, ni la Cause Première, ni l’Acte Pur, ni l’Esprit n’ont point de site, non plus qu’ils n’ont de figure ni de parties ; mais un instinct qui tient peut-être à notre structure verticale, peut-être le sentiment que nos destins sont suspendus à des phénomènes très éloignés, et que toute vie terrestre en dépend, tourne inévitablement les hommes embarrassés, ou affligés, ou tourmentés dans leurs esprits par leurs questions abusives, vers le zénith du lieu, vers le haut.

Exhausser, exaucer, sont le même mot.

Kant lui-même, cédant à un secret mouvement de mysticisme naïf, a conjoint cette espèce d’inspiration qu’il eut d’une loi morale universelle, à la sensation que lui causait le spectacle du ciel étoilé.


J’ai essayé quelquefois d’observer en moi-même et de suivre jusqu’aux idées cet effet mystérieux que produisent généralement sur les hommes une nuit pure et la présence des astres.

Voici que nous ne percevons que des objets qui n’ont rien à faire avec notre corps. Nous sommes étrangement simplifiés. Tout ce qui est proche est invisible ; tout ce qui est sensible est intangible. Nous flottons loin de nous. Notre regard s’abandonne à la vision, dans un champ d’événements lumineux, qu’il ne peut s’empêcher d’unir entre eux par ses mouvements spontanés, comme s’ils étaient dans le même temps ; traçant des lignes, formant des figures qui lui appartiennent, qu’il nous impose, et qu’il introduit dans le spectacle réel.

Cependant la distribution de tous ces points nous échappe. Nous nous trouvons accablés, lapidés, englobés, négligés par ce nombreux étincellement.

Nous pouvons compter ces étoiles, nous qui ne pouvons croire que nous existions à leur regard. Il n’y a aucune réciprocité d’elles à nous.

Nous ressentons quelque chose qui nous demande une parole, et une autre chose qui la refuse.