Il y avait alors, à Naples, une troupe de passage qui jouait la comédie et le drame dans les théâtres de deuxième ordre. Son impresario était justement en cet établissement. Vittorio, toujours tourmenté par la vocation théâtrale, fut assez heureux pour se faire engager par lui comme utilité, et bien entendu moyennant un salaire dérisoire.

Mais qu’importait encore au jeune Monte-Léone ? Ne serait-il pas, maintenant, au-dessus de son ambition et au delà même de son rêve, puisqu’au lieu de faire applaudir des marionnettes de bois sur un théâtre enfantin, il jouerait sur une vraie scène, avec des artistes de métier, de vraies comédies et de vrais drames ? Et, de fait, il ne tarda pas à montrer ce dont il était capable, et on lui confia bientôt des rôles d’une certaine importance.

Ce fut alors qu’il s’énamoura de la Madalena, toute jeune encore, presque une enfant, mais qui ne devait pas tarder à se révéler comme une grande tragédienne. Alors que l’impresario de la troupe ne se doutait pas du trésor qu’il possédait, Vittorio le devina, sut s’en faire aimer, en attendant de l’épouser et d’unir sa destinée à la sienne dans la carrière dramatique.

Ensemble donc, ils coururent toutes les villes d’Italie, petites et grandes, et trois ans après, la troupe s’embarquait à Gênes pour Alexandrie et l’Egypte.

Mais tandis que Vittorio, ayant donné tout ce qu’il avait dans le ventre, restait, malgré ses efforts, un artiste populaire de deuxième ordre, la Madalena était devenue l’étoile de la petite troupe, dont elle assurait le succès, en soulevant l’enthousiasme des auditoires plébéiens. Autant par son merveilleux et fruste génie que par sa beauté et la splendeur de sa chevelure, elle allumait autour d’elle, partout où elle jouait, des passions ardentes.

Et bien qu’elle lui gardât la foi jurée et lui accordât tout son amour, Vittorio qui, plus follement que jamais, la chérissait, n’en subissait pas moins les tourments d’une jalousie féroce.

Bientôt même, ce mauvais sentiment l’aveugla au point de se montrer injuste envers elle. Ce furent d’abord, à propos de tout et de rien, de sanglants reproches. Puis ses colères et ses accès prirent une brutalité croissante. La Madalena subissait tout avec une patience angélique, sans jamais un instant se rebeller, mais, au contraire, s’évertuant à guérir de son mal affreux, l’homme qu’elle aimait, malgré tout, encore et qu’elle plaignait aussi de toute son âme.

Vittorio ne vivait plus que dans la pensée d’arracher sa jeune femme à la promiscuité des théâtres populaires, ou plutôt de posséder un théâtre à lui, d’être l’impresario d’artistes qu’il dirigerait, ce qui, croyait-il, lui rendrait plus facile la surveillance de la Madalena.

Il était dans ces intentions, quand la troupe vint à Tunis pour donner une série de représentations théâtrales.