Impossible de rêver, pour des amoureux, lieu de rendez-vous plus charmant que cette terrasse mauresque d’où la vue s’épandait comme une caresse facile, sur Tunis-la-Blanche, sur la mer bleue, sur le lac Bahira à toute heure hanté de flamants roses. Sur la colline verdoyante de Carthage, et aussi sur le promontoire où la sereine Bou-Saïd s’épanouit, liliale, au milieu des roses.
C’est là que pour fuir la curiosité et les indiscrétions des oisifs, la Madalena et Hamidou se rencontraient, après que la Destinée les eut jetés dans les bras l’un de l’autre.
Sans la moindre hésitation, convaincus tous deux qu’ils étaient aux mains d’une puissance mystérieuse qui est plus forte que la mort, et à laquelle rien ne résiste, ils s’étaient, dans un frémissement de tout leur être, passionnément baisés sur la bouche dès leur première rencontre.
Du soir au matin, que dis-je ? d’une heure à l’autre, la Madalena oublia l’amour juré sur les pieds de la Madone et la fidélité jusqu’alors gardée, malgré tout, à Vittorio Monte-Léone.
Et de son côté, Hamidou ne songea pas plus à la terrible prophétie du vieil Abdallah-ben-Abdusselem que s’il n’y avait jamais eu de sorcier à Bab-Ménara, où logeait son père.
Enfin, bien que leur amour datât à peine de trois semaines, il leur semblait à tous deux qu’il n’avait jamais commencé et qu’il n’aurait jamais de fin comme Dieu lui-même.
— Madalena !…
— Hamidou !…
Ils ne balbutiaient pas autre chose, entre deux étreintes, et pendant des heures entières, parce qu’il n’y avait pas autre chose dans leur âme emplie d’eux-mêmes.
— Hamidou !…