— Madalena !…

Ils ne se fatiguaient pas plus de répéter ces deux noms qu’ils ne se lassaient de se mirer dans les prunelles l’un de l’autre.

Et autour d’eux, sur la colline fleurie, tout chantait l’amour, en ces matinées printanières.

Mais hélas ! venait bientôt l’heure de se séparer alors que, sur les terrasses de Rhadès, les colombes se baisaient encore et que l’haleine des fleurs, pâmées sous les caresses du soleil, montaient vers eux plus que jamais enivrantes.

Et c’était, chaque fois, la scène poignante du balcon, quand les deux amants entendent chanter l’alouette.

— Ecoute, Hamidou, disait, ce matin, la Madalena, les yeux mouillés à la pensée qu’allait sonner la fin de l’heure si douce, écoute, c’est à peine si nous pouvons nous rencontrer ainsi deux fois par semaine ; il y aurait pourtant un moyen de nous voir, pendant quelque temps, chaque jour, et non pas ici, mais chez moi, et sans que mon mari, qui ignore tout, s’en inquiète.

— Tu deviens folle, Madalena, s’écria le jeune brodeur en étreignant nerveusement son amante.

— Non, Hamidou, je ne suis pas folle, et de toi seul dépend qu’il en soit comme je viens de te le dire.

— Parle donc, chère, parle, tu sais bien que ta volonté est la mienne.

— Nous voici au milieu de notre carême : comme chaque année, Vittorio se dispose, quand viendra la semaine sainte, à représenter la mort de Christ, pour complaire à tous nos compatriotes de Tunis, qui aiment tant ce spectacle. Seulement, voilà, il a beau chercher, il ne trouve, dans la colonie italienne, personne capable de jouer le rôle du Christ et comme il t’a vu plusieurs fois, il ne cesse de répéter : Ah ! s’il voulait, ce jeune musulman qui ne manque pas une de nos représentations, et qui possède la beauté du Nazaréen, quelle belle Passion n’aurions-nous pas et qui soulèverait d’admiration nos compatriotes ?… Et moi, pour ne pas lui donner l’éveil, je feins de hausser les épaules à son idée, de la trouver ridicule, mais je ne m’en réjouis pas moins au fond de mon cœur, devant l’espoir des douces heures qu’elle nous vaudrait, s’il y persistait et pouvait la réaliser. Et il y persiste, ami, plus que jamais, cherchant tous les moyens de t’accointer, mais il n’ose pas, ayant appris que tu es fils d’amine et descendant du Prophète. Ah ! trésor, si tu voulais, si tu consentais à aller le voir et lui dire que tu as appris, par hasard, son désir, et que tu serais heureux de t’y prêter, quelle joie, quelles incomparables délices ! Songe donc, nous ne sommes pas encore à la Mi-Carême, et les répétitions vont commencer. Chaque soir, pendant plus de trois semaines nous passerions, l’un près de l’autre, les longues heures de la veillée ; chaque soir, moi, qui joue le rôle de la Madeleine, je te dirai les pieuses tendresses dont son âme est pleine jusqu’à déborder. Chaque soir, je ferai le geste de parfumer tes pieds blancs, et chaque soir, je dénouerai ma chevelure pour les essuyer. Ah ! trésor, quel bonheur, je n’ose à peine y songer ; mais toi, cher, le voudras-tu ?