— Ce soir même, répondit Monte-Léone, exultant de joie…
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Ah ! la belle, l’incomparable Passion qui fut, cette année-là, représentée devant la colonie italienne de Tunis-la-Blanche. On en parla et on parlera longtemps encore dans les parages de Bab-Souïka et d’Halfaouine.
Au dire de tous les spectateurs, on ne fit jamais mieux dans les théâtres populaires de Palerme et de Messine.
Devant la voie douloureuse de ce Christ aussi beau que ceux dont la face pâle s’incline à la lueur douce des cierges, dans les églises de Sicile, les hommes pleurèrent et sanglotèrent, enfants et femmes.
« Ainsi, oui, ainsi devait être le Nazaréen portant sa croix sur le chemin du Golgotha », murmuraient-ils sans même essuyer les larmes étincelant entre leurs paupières.
Et quand survint la fameuse scène, entre Maria de Magdala et Jésus, quand la pécheresse, ayant versé sur les pieds du Christ le nard de son urne, dénoua, pour les essuyer, sa chevelure divine, ce fut, parmi le peuple, un délire d’amour et de foi brûlante.
Jamais la grande tragédienne des faubourgs n’avait atteint, et jamais plus elle ne devait atteindre ce point culminant de son génie et de sa gloire.
Toute la folie mystique, toutes les ardeurs d’une passion à la fois divine et charnelle, que la Madalena sut exhaler devant son amant, s’empara de l’auditoire.
Et non moins pâle que le Christ à la veille de son calvaire, Hamidou fut sur le point de s’évanouir, quand il sentit, sur ses pieds nus, couler à flots, les vraies larmes de son amante…