Alors, devant la beauté de l’heure, devant le bonheur paisible qu’exhale la fin d’une journée radieuse, pour ne penser qu’à leur amour, ils oubliaient leur misère.

Les yeux dans les yeux, silencieux, ils revivaient les heures douces de Rhadès, mais hélas ! celles-ci passaient plus vite encore que sur la terrasse, et les battements douloureux de leur cœur en scandaient les dernières et fugitives minutes.

Il fallait se séparer, avant même que s’éteignît la dernière rose du crépuscule, et chaque fois, avec l’idée, de plus en plus angoissante, que leurs adieux seraient peut-être des adieux suprêmes.

C’est qu’en effet, la jalousie et les colères de Vittorio s’exaspéraient de jour en jour, et entre ses accès de brutalité, il parlait souvent de quitter Tunis, pour fuir quelque part, dans le sud, où sa femme ne verrait personne.

Le malheureux marchait à grands pas sur le chemin de la folie définitive. Il buvait plus que jamais et avait de fréquentes hallucinations, au cours desquelles il voyait la Madalena épandant, sur les pieds blancs du bel Hamidou, les splendeurs de sa chevelure.

Oh ! ce geste dans lequel elle avait mis, comme dans les accents de sa voix d’or, toute l’ardeur d’une passion qui la fit toucher au sublime, non seulement Vittorio l’avait perpétuellement sous les yeux pendant le jour, mais il la revoyait, la nuit, dans son sommeil, sans répit ni trêve.

Cruelle comme l’idée fixe qui ronge lentement le cerveau des fous, était devenue pour lui l’image de cette chevelure, que tant de fois il caressa de ses lèvres énamourées, au temps pas encore lointain de leur jeune et folle tendresse.

Et dans les affres de sa jalousie, éréthisée par l’absinthe, il lui venait d’horribles projets de vengeance, comme de l’oindre d’essence pendant que la Madalena dormirait, et d’en approcher ensuite la lampe.

Et il tressaillait d’une satanique allégresse quand, dans les rêves sombres, il la voyait flamber, cette chevelure d’amour et de honte !

Et si, au moment de ses réveils toujours mauvais, il la surprenait en train de se peigner devant la glace, il la querellait pour le plus futile motif, se jetait sur elle, et saisissant à pleines mains les superbes cheveux épandus sur les épaules, il la traînait comme une loque dans la chambre.