Et la pauvre femme se contentait de pleurer comme Maria de Magdala, sa patronne.
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Il y avait à ce moment-là, dans le quartier sicilien, une jeune prostituée venue à Tunis des bouges de Malte pour tâcher de mieux exploiter ses charmes.
Elle s’appelait Thérésa et on la surnommait la « Gouge », parce qu’elle ouvrait sa porte à la lie de toutes les races qui grouillent dans la ville Franque.
Aussi, l’infortunée ne tarda pas à subir ce qui est le lot douloureux de beaucoup, parmi ses pareilles.
Un beau matin, elle s’éveilla, le visage et tout le corps ravagé par ce mal horrible que Dieu met au bout des amours nomades, et dont tous les peuples du monde, y compris les Napolitains, se jettent l’origine à la face comme une honte. Ce mal, en terre africaine, a des effets et des allures plus qu’ailleurs terribles et dévorants.
La pauvre Maltaise faillit en mourir, et trois mois après, quand elle sortit de son taudis, elle n’avait plus cheveux ni cils ; tous ses traits étaient flétris d’indélébiles stigmates, et, dans la bouche jadis jolie, ne se voyaient plus que quelques dents jaunes et branlantes.
Elle vécut, désormais, de la charité publique : ses compatriotes la nourrissaient et, de-ci, de-là, lui faisaient l’aumône de quelque monnaie de cuivre.
N’ayant plus rien à espérer dans ce monde, la malheureuse vivait dans un antre, et demandait un peu d’oubli à la « Fée Verte » qui lui en ouvrait chaque jour les portes.
Son crâne nu, caché par un béret de matelot, chaque jour elle venait au café de Vittorio, s’asseyait dans le coin le plus sombre de la salle, et se faisait servir une absinthe.