Aube divine, annonciatrice d’un beau jour d’été comme il en est à El-Djzaïr, cette rose neigeuse que la main clémente de Dieu fit s’épanouir sur les flots bleus de la mer latine.
Depuis plus de quinze jours, ils ont fui l’enfer de Tunis, sans être vus de quiconque ; ils sont heureux, heureux autant que peuvent l’être, ici-bas, deux créatures qui s’aiment et font tenir le monde entier dans leur tendresse.
C’était Hamidou, qui, le premier, avait eu l’idée de se réfugier à Alger. Il y connaissait un très riche Mozabite, marchand d’étoffes, de tissus et de vêtements orientaux qui ne manquerait pas d’utiliser son grand talent de brodeur et ne lésinerait pas sur le salaire.
Il lui avait écrit, en effet, et sur sa réponse affirmative, tous deux avaient décidé leur fuite.
Ils partirent donc quinze jours après la fameuse nuit, où fou d’alcool et de jalousie, Vittorio avait possédé Thérésa-la-Gouge.
Et l’immonde, après s’être ainsi volontairement empoisonné, n’avait pas manqué d’empoisonner, au moment voulu, l’infortunée Madalena.
Leur bonheur présent était donc semblable à l’un de ces fruits superbes encore, mais en lesquels, par une piqûre que nul ne peut voir, s’est introduite, invisible aussi, la larve, mère des pourritures à venir et de la chenille dévorante.
Dans les veines de la Madalena où jusqu’alors n’avait coulé qu’un sang limpide, le terrible virus dormait, attendant l’heure fatidique.
Elle ne devait pas tarder à sonner. Chaque matin, Hamidou, après avoir tendrement pris congé d’elle, quittait la petite maison qu’ils avaient louée tout en haut de la Kasbah, et s’en allait dans le quartier de Bab-el-Oued, où était l’atelier du Mozabite : or, voici que, ce jour-là, à peine était-il sorti qu’elle se sentit plus lasse, plus affaiblie qu’avant de s’endormir la veille.