Depuis déjà trois jours, d’ailleurs, elle s’essoufflait au moindre pas, dormait peu, d’un sommeil pénible, se réveillait migrainée, endolorie dans tous ses membres et un peu de sueur aux tempes. Même, elle avait remarqué, sur sa poitrine et ses bras, des taches d’un rose livide, qui pâlissaient et s’avivaient tout à tour, la tourmentant de démangeaisons douloureuses.
Elle n’y prit garde, s’en cacha de son amant par une sorte de pudeur, et aussi pour ne pas lui créer des inquiétudes inutiles. Elle ne s’en alarma pas elle-même, mettant le tout sur le compte des fatigues de leur voyage, de leur nouvelle installation et de ses tristes émotions encore récentes.
Mais peu après, Hamidou se trouva comme elle, éprouvant ce qu’elle éprouvait, et alors, s’étant mutuellement renseignés, tous deux prirent le parti d’en rire.
Ils en riaient d’autant plus qu’ils crurent avoir une scarlatine légère, selon le diagnostic d’un vieux sorcier moghrebin, leur voisin, lequel soignait, pour ce mal-là, quelques enfants de la ville arabe.
Et de fait, sans autre traitement que quelques simples anodins ordonnés par le vieux marabout et accompagnés de quelques versets du Coran, le mal disparut et ne laissa pas la moindre trace.
Ce furent, alors, pour les deux amants, des mois d’un bonheur parfait, inouï, et comme le Rétributeur n’en concède que très rarement à des créatures élues, dont il marqua le front du doigt pour des desseins pleins de mystère.
Le merveilleux talent d’Hamidou était apprécié du Mozabite ; et les salaires qu’il gagnait suffisaient pour assurer leur existence, au delà même, car ils vivaient simplement de la vie arabe, comme d’ailleurs tous leurs voisins, dans ce quartier musulman de la ville haute.
D’abord, par prudence, comme on l’a vu, puis par goût et par habitude, enfin et surtout pour complaire à son amant, qui la préférait ainsi, la Madalena s’habillait comme ses voisines.
Elle se voilait comme elles pour sortir, et, comme elles, sortait rarement pour les besoins du ménage ou pour aller au bain maure, accompagnée d’une vieille négresse qu’Hamidou lui avait donnée pour servante.