Enfin, pour combler leur amoureuse béatitude, Hamidou obtint de son Mozabite qu’il emporterait et ferait chez lui son ouvrage.
Dès lors, ils ne se quittèrent plus un instant, et la claustration à laquelle ils se vouèrent d’un accord tacite, eut, pour eux, des voluptés ineffables.
Bientôt, de la Sicilienne, il ne resta plus grand’chose en la Madalena. Conquise par l’amour à l’Islam dont sa grande âme avait compris, depuis longtemps, l’austère et simple beauté, ce fut avec un bonheur profond que, pour donner à son amant cette joie suprême, elle prononça, devant le vieux marabout moghrebin, les paroles qui la sacrèrent musulmane :
« Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah et Mohammed est son Prophète ».
N’ayant qu’une âme, pouvaient-ils, vraiment, ne pas avoir même idéal, même Dieu, mêmes espoirs, de s’aimer encore et toujours dans le même ciel que leur ouvriraient les mêmes prières ?
L’Islam, avec le bel épanouissement qu’il donne à la vie intérieure, n’a-t-il pas d’ailleurs, pour ceux qui s’aiment, d’incomparables délices ?
Désormais donc, la Madalena devint vraiment ce que ses voisines et voisins l’avaient toujours crue : Lella Zina, une pieuse Moghrebine amenée du pays natal par son époux et qui, par sa bonté, ne tardait pas à se faire adorer de tout le monde.
L’aisance, en effet, nécessaire à la charité, venait chaque jour, car ils étaient deux, maintenant, à exécuter des broderies merveilleuses. L’amour ne fut-il pas, de tout temps, le plus puissant des thaumaturges ? Quelques mois lui avaient suffi pour faire de la Madalena une brodeuse sur étoffe, comme Hamidou, incomparable. Une part de l’argent qu’elle gagnait, servait, d’un commun accord, à secourir autour d’eux les plus criantes misères.
Et Dieu sait si, dans cette pauvre Kasbah, elles sont nombreuses.
Enfin, pour tout le quartier musulman, elle était bien Lella, la Sainte, la Madame, autant dire une Maraboute.